14h45 : Pétasse Chronométrée !

14h45 !
Elle s’appelait S…., elle se trimballait un cul de malade, un cul de taré, un cul impérial, avec un accoutrement qui laissait entendre qu’elle était assez sensible à la mode, au prêt-à-porter qui faisait ressortir sa chair. Mais avec le haut, la gueule, on captait qu’elle tentait aussi de saluer ironiquement ses racines culturo-spirituelles… d’où le fameux turban. Mais le total, le package, c’était bandant à mort !
Comment me suis-je retrouvé face à ce cul énorme ?
On est aux alentours de 2019, à cette époque, comme toujours, je m’éparpillais dans divers biz, notamment la vente de fringues. Un contact à Dubaï me refilait des pièces, et à ce moment-là, la robe Flora cartonnait, surtout chez les Maghrébines, les zianas, tout ça. Donc, je faisais mon beurre là-dedans.
J’avais pas mal de clientèle, je diversifiais le portefeuille.
Un jour, elle me contacte, désirant des robes pour elle et sa sœur.
Pour la livraison, deux options : la poste ou moi en personne. La seconde option exigeait une vraie bonne raison : soit un endroit que je brûlais de visiter ou de revisiter, soit une cliente qui donnait envie… Pas juste une histoire de bonnes manières.
Je dois avouer que pour son cas, c’était plutôt le deuxième motif, parce que sa région, franchement, rien, absolument rien, ne pouvait me motiver. Elle vivait à Courcelles…
Courcelles, putain de merde. Moi, habitué à livrer à Nice, dans des coins suisses plutôt sympas, atterrir à Courcelles, c’était tout sauf motivant. Mon panel de clientes s’étalait souvent sur quatre pays : France, Belgique, Hollande et Suisse. Et Courcelles, si tu veux, c’est le trou du cul du monde. J’ai jamais vu un endroit aussi déprimant.
Si t’es du genre mélancolique, je te déconseille de t’y aventurer, tu risquerais de finir pendu à un tracteur en écoutant du Souchon… et ça ferait un chapitre chez Philippe Boxho.
Donc, inutile de préciser que c’était le cul de la cliente qui m’avait motivé, un vrai équilibre pour le coup.
Je prends la route, je me pointe.
Elle est là avec sa sœur, je déballe les robes et pendant qu’on cause, elle me propose de passer un moment ensemble. Je la prends à part, et tout de suite, entre ce qu’elle me raconte et sa façon de se tenir, je capte que je lui plais, et tout le tralalala.
Une fois rentré chez moi , elle me rappelle, je lui pose les cartes sur la table : moi, c’est le plan cul qui m’intéresse. J’ai jamais été branché par les trucs sérieux, je laisse ça aux autres.
Après quelques tentatives où elle a essayé de me refourguer du sérieux, du traditionnel, elle a pigé vite fait qu’elle avait affaire à un type qui n’en avait rien à cirer. Ça n’a pas pris longtemps pour que sa vraie nature prenne le dessus et qu’elle me montre que finalement… elle était raccord avec ses attentes charnelles.
Sauf que…
Le lendemain, elle m’assène la phrase la plus affreuse, la plus laide, la plus hideuse que j’aie jamais entendue !!
Elle m’appelle et me propose de nous revoir à…
…14H45……. …
14H45, bordel !!
14H45 … Et là, c’est le marteau de Thor qui s’abat et pulvérise tout mon désir pour le convertir en dégoût.
Pourquoi ?
Parce que, putain de merde… Parce que….
À quel moment, à quel moment ton cerveau pense que c’est une bonne idée de fixer 14H45 ?!?
Pour moi, c’était le mot de trop, la phrase de trop, surtout ce qu’il ne fallait pas dire. Ce simple mot m’a fait débander pour dix générations. On ne fixe pas un rendez-vous à 14H45. On ne fait pas ça, ça devrait être illégal, un délit, un sacrilège, un blasphème, une trahison, de la haute trahison ! On ne fait pas, on ne dit pas ça !
C’est un horaire de merde, proféré par des merdes, un horaire de lâche, de collabo, de dément, de cinglés, de déserteurs !
Bref je ne sais pas par qui ni pour quoi, mais en tout cas, c’est un horaire de merde !!
Et là directement, j’ai compris à qui j’avais affaire. Une meuf trop cadrée, une pétasse chronométrée, calibrée à l’extrême, typiquement le genre à planifier sa journée à la minute près.
Une personnalité métronomique qui énumère ses rendez-vous comme un horaire de train : midi pour une conférence, 13H27 et 32 secondes pour la manucure, et, tragédie des tragédies, 14H45 pour se planter près d’un métro dans un quartier de merde… parce qu’à 15H28 et 32 secondes, elle doit se rendre en formation !
Je pisse ! Je pisse sur ce genre de mentalité, avec tout le respect que j’ai pour elle, d’ailleurs, et pour son gros cul, mais un cul comme ça ne peut pas me prendre en otage, m’amadouer !
Moi, ce que j’aime dans les relations, c’est la spontanéité, l’impulsivité. Comme le dit Depardieu dans Les Valseuses…
《 Et on bandera quand on aura envie de bander 》!
Ce credo, c’est mon socle, ma philosophie, mon hymne à la vie. Vivre, simplement vivre, sans la prison des horaires et des rendez-vous définis à 14H45, à la seconde près.
Cette femme est une tueuse de spontanéité, une meurtrière du rythme naturel de la vie. Donner un rendez-vous à 14H45 ? Impensable, indigne, un acte de folie pure. La salope ! La hors-la-vie !
Ce que j’aime, c’est l’imprévisible !
Des choses qui me sont arrivées comme ton téléphone qui sonne au crépuscule. Une voix féminine en manque de testostérone te dit : « Viens, on se casse ! » Et c’est parti, sans plan, sans contrainte. Tu n’as pas à lui annoncer tes intentions, car tout doit couler de source, naturellement. L’essentiel, c’est qu’elle a brisé les chaînes du convenu. C’est cela, la vraie vie, pas ces maudits rendez-vous à 14H45.
D’être avec une bonnasse, à vélo, comme des cas sociaux, dans le silence de la nuit. Pédalant sans savoir où vous allez, perdus dans l’instant, vous slalomez entre les voitures endormies, jusqu’à ce que vous trouviez un coin tranquille. Et après avoir baisé comme des orangs-outans, alors que l’aube commence à peindre le ciel, tu danses nu sur du James Brown. Pourquoi ? Car tu en as simplement envie de le faire. Et si la faim te prend, tu manges à même la marmite, sauvage, libre, tel un Cro-Magnon pendant qu’elle rit, attendant que tu lances cette marmite en l’air pour qu’elle la réceptionne. C’est ça la vie, pas ces maudits rendez-vous à 14H45.
C’est quand, en pleine nuit, alors que la ville dort, elle te prend par le bras sous un lampadaire et te chuchote de suivre le chat noir qui vient de passer. Sans question, vous suivez l’animal, comme deux débiles, à travers les rues endormies, chaque coin vous réservant une surprise, jusqu’à ce que le chat disparaisse, vous laissant seuls, libres de choisir la suite, et en vous fixant dans les yeux, on a compris sans se parler quelle serait la suite. C’est ça la vie, pas ces maudits rendez-vous à 14H45.
C’est quand tu la rencontres lors d’une rave illégale sous un pont, son corps se mouvant avec une grâce toxique au rythme des basses. Elle t’entraîne plus loin dans la nuit, chaque danse une promesse non dite. Le jour se lève sur deux silhouettes qui se détachent sur l’horizon, complices éphémères d’une liberté volée à la tyrannie des horloges. C’est ça la vie, pas ces maudits rendez-vous à 14H45.
C’est celle qui, en faisant fi de toute contrainte horaire, de tout impératif salarial, fait glisser ses longues jambes et son cul ferme dans ton plumard pour une soirée de séries de merde. Puis, dans un élan de spontanéité matinale, tu l’envoies chercher des croissants. Ce n’est qu’à la vue de l’horloge à la boulangerie, affichant 07H26, qu’elle prend conscience de l’heure. De retour au lit, vous enchaînez les rounds, alternant entre ébats fougueux et conversations de merde, allant des origines de Sissi l’Impératrice au jeu d’acteur de Denzel Washington. Loin de l’emprise du temps, des horloges, des maudites notifications numériques. C’est ça la vie, pas ces maudits rendez-vous à 14H45.
C’est celle qui avait déjà son billet en main pour Amsterdam, prête à rendre visite à sa sœur. Mais toi, avec tes mots choisis et son sourire volé au temps, tu l’as captivée. Au dernier moment, au dernier appel pour son train, elle choisit de plonger dans ton univers. Elle laisse derrière elle ses fiches, ses plannings, et cette rigueur de fonctionnaire qui avait façonné sa vie jusqu’alors. Elle devient cette hippie débridée, explorant avec toi, en une heure, des territoires de son corps que sept ans avec son compagnon, aussi méthodique qu’un ouvrier chinois, n’avaient jamais révélés. En brisant les cadenas de ces putains de conventions. C’est ça la vie, pas ces maudits rendez-vous à 14H45.
Et ainsi de suite, et ainsi soit-il…
La vie, c’est cette série d’instantanés spontanés, ces rencontres fugaces qui défient l’ordinaire. Mais parfois, un simple mot peut briser le charme, peut déchirer le voile de l’attraction et révéler un abîme entre deux mondes…
Elle fut la digne héritière de la froideur clinique de l’horlogerie sociale !
Cette meuf, qui jusqu’à maintenant n’a toujours pas su pourquoi je l’avais rayée, bloquée, déshéritée de mon intérêt… Je n’ai rien contre elle, au contraire, avec son beau cul et son sourire bandant, mais c’est la prononciation de ce mot, 14h45, qui a résonné en moi comme le mot le plus hérétique que j’aie entendu de ma vie.
Pour moi, c’était la détonation finale, la sentence…
l’impardonnable.
Ézékiel Jaad,
Le 03 Novembre 2024
