Déconstruction de Tajmaât

Comme à l’accoutumée, je reçois quelques mails de lecteurs qui souhaitent mon avis sur tel ou tel sujet. Cette semaine, l’un d’eux m’a demandé ce que je pensais d’une petite plateforme du nom de Tajmaât…

Je vais maintenant retranscrire l’intégralité du tweet de Tajmaât en question. Un tweet dans lequel il répond à quelqu’un affirmant que les Asiatiques en France poseraient moins de problèmes que d’autres vagues migratoires, notamment maghrébines et subsahariennes. Pour des raisons de clarté esthétique, je vous reproduis donc son texte ci-dessous. Puis j’y répondrai…

« C’est faux. L’immigration asiatique est présentée comme “réussie” parce que ces diasporas figurent parmi les plus communautaires et identitaires du pays.

Elles sont arrivées tardivement en France, dans un contexte plus favorable, et ont bénéficié d’un soutien institutionnel important, contrairement à d’autres diasporas arrivées massivement comme main-d’œuvre ouvrière, concentrées dans des cités périphériques et soumises à une pression assimilationniste constante.

On ne parlera même pas ici des violences et ratonnades des années 70-80, de l’empêchement de toute structuration communautaire dans les années 80 après la mise en déroute de la Marche pour l’égalité, des discriminations à l’embauche et au logement, ni des défaillances politiques et judiciaires qui ont laissé s’installer des dérives que vous instrumentalisez aujourd’hui.

Le point central de cette question, qui est rarement traité honnêtement, est le communautarisme.

Les populations asiatiques en France disposent de structures communautaires extrêmement denses, solidarités économiques internes, mise en commun des ressources, réseaux professionnels, soutien scolaire, transmission culturelle et familiale.

Ces pratiques sont systématiquement présentées comme des atouts (stabilité, discipline, réussite).

À l’inverse, à titre d’exemple, les Maghrébins sont constamment sommés de ne pas fonctionner en communauté.

La moindre forme d’organisation, d’entraide ou de solidarité interne est immédiatement suspectée de séparatisme ou de “communautarisme problématique”, quand elle n’est pas assimilée aux “Frères musulmans”.

Cette asymétrie de traitement crée mécaniquement des écarts, un groupe est encouragé à se structurer, l’autre est invité à se dissoudre.

Pourtant, les mécanismes communautaires produisent des résultats concrets et observables, réduction des délits via le contrôle social interne et la solidarité familiale, ascension économique grâce aux réseaux mutuels et à la circulation interne du capital, capacité à financer un retour ou un investissement au pays d’origine, transmission culturelle et linguistique renforçant la stabilité identitaire, ainsi que protection contre les discriminations par des réseaux alternatifs financés en interne.

Cette transmission culturelle et linguistique évite d’ailleurs à certains de se lamenter en permanence sur le “remplacement de leur identité”, tout comme ces réseaux communautaires permettraient à “Nicolas” de cesser de pleurer sur ce qu’il “paye”, puisqu’ils réduisent justement la dépendance aux structures publiques dont il s’imagine éternellement être le financeur exclusif.

Il est donc hypocrite et incohérent de célébrer la réussite d’un groupe qui repose sur une forte cohésion communautaire, tout en combattant systématiquement les mêmes mécanismes chez d’autres diasporas.

De plus, contrairement aux narratifs négatifs, à autre titre d’exemple, les Maghrébins connaissent eux aussi une ascension sociale importante, simplement moins médiatisée.

L’INSEE le démontre, ils figurent parmi les plus diplômés, accèdent massivement aux études supérieures et sont surreprésentés dans les professions intermédiaires et supérieures.
insee.fr/fr/statistiques/8570442

Le traitement réservé aux écoles privées musulmanes démontre parfaitement cette logique, elles affichent des taux de réussite largement supérieurs aux autres établissements, pourtant elles font l’objet d’une hostilité politique constante, à tel point qu’une représentante de l’État s’est inquiétée qu’elles “produisent des élèves qui auront les manettes du pouvoir et de bonnes situations.”

En résumé, vous vous plaignez d’un manque d’intégration tout en refusant les conditions nécessaires à l’intégration. Vous dénoncez les dérives tout en détruisant les structures communautaires qui pourraient justement les empêcher. Vous vous indignez de l’immigration illégale alors que la destruction de la Libye, sous Sarkozy, a ouvert l’une des principales routes migratoires actuelles. »

Tajmaât, tweet du 17 novembre 2025 à 22h15


INTRODUCTION

Salut mec, merci pour ton message.

Alors, pour répondre à ta question sur Tajmaât, je vais faire simple. Déjà, c’est quoi ? C’est qui ?

Eh bien d’abord, d’un point de vue individuel, j’ai eu qu’une seule interaction avec lui il y a quelques mois, c’était sur un sujet précis… une bêtise qu’il avait lâchée, je lui ai répondu. Sans insulte.
Sans excès. Juste une réponse logique.
Et comme il peinait à me répondre, il m’a bloqué.
Voilà.
Tout le monde fuit quelque chose.
Lui, c’est la contradiction.

Maintenant, le fond : c’est qui, c’est quoi ?

De ce que j’ai compris, de ce que les gens ont compris, et même de la manière dont lui-même se présente, Tajmaât, c’est une entité numérique communautaire maghrébine implantée en France. Le but, c’est de dénoncer ce qu’il appelle l’islamophobie, la « maghrébinophobie », et plus globalement toutes les injustices qu’il estime viser les Maghrébins en France.

En gros, son rôle, c’est de relayer, de quantifier, de compiler tout ce qu’il perçoit comme des attaques, des injustices, des discriminations envers les siens. C’est ça, sa fonction.

Ça étant dit, maintenant, pour mes lecteurs, je vais vite donner les bases du logiciel de mecs, et d’entités, comme Tajmaât. Ce n’est pas très révolutionnaire, ce n’est pas très subtil, c’est même d’une prévisibilité désarmante. À titre personnel, je sors dans la rue, je regarde à gauche, j’en trouve 10 qui pensent comme lui, je regarde à droite, j’en trouve 10 autres. C’est la même grammaire, le même logiciel, les mêmes réflexes.

En gros, c’est la logique victimaire poussée à son paroxysme. Et il faut reconnaître que Tajmaât l’incarne très bien, c’est vraiment la version à l’état pur, la version distillée, presque chimiquement concentrée, à ne rien envier à certaines associations sionistes qui fonctionnent exactement dans le même narratif.

Mais pour être précis, il faut déjà répondre à une question simple : qu’est-ce qu’on entend par « victimisation » ? C’est quoi, exactement, la victimisation ?

Selon les dictionnaires, que ce soit le Larousse ou le Trésor de la langue française, la victimisation désigne le fait de se présenter, ou d’être présenté, comme une victime, soit pour obtenir un avantage moral, soit pour orienter un récit, soit pour influencer la perception d’un groupe, d’un événement, d’un conflit.


En bref, la victimisation, ce n’est pas être victime. C’est se mettre en scène en tant que victime.


J’ajoute une tonalité, parce que les dictionnaires, c’est bien, mais la vie réelle explique mieux.
Prenons un exemple concret…

Imagine un Jean-Claude Duss du quotidien, tranquille, la clope au bec, marchant dans la rue, ne demandant rien à personne. Et d’un coup, on lui tire une balle en plein bide.
Le mec s’écroule,
le mec hurle,
le mec saigne,
le mec a mal,
le mec hurle encore.

Ça, ce n’est pas de la victimisation. Ça, c’est une victime. Une vraie. Un être humain qui n’a rien demandé à personne et qui subit une injustice frontale, directe, brutale, indiscutable.

Bien.

Maintenant, dissocions ça du reste. Dissocions ça de la victimisation, la vraie.

Ce métropolitain d’origine maghrébine ou subsaharienne, qui bénéficie de tous les avantages des métropoles, qui vit mieux matériellement que 80 % des autochtones relégués dans les zones rurales appauvries, qui a accès à la mobilité, à la culture, à la consommation, aux infrastructures, à l’État, qui est branché et qui pourtant décrit sa vie comme si c’était Soweto 1976.


C’est ça, la victimisation. Se fabriquer un ennemi imaginaire, se raconter une oppression fantasmée, transformer des micro-incidents en macro-systèmes.

C’est vivre dans un confort réel tout en se rédigeant un récit de guerre civile intérieur.


Et ça, Tajmaât en est l’incarnation spectaculaire. C’est le logiciel Tajmaât et de ses pairs.
Et ce logiciel produit quelque chose d’encore plus dérangeant : il met sur le même piédestal l’anodin et l’horrifique. Il ne différencie plus rien.

Jacqueline, 68 piges, bourrée, en charentaises, qui, dans un bus, lâche un « sale bougnoule » … déplorable, évidemment.
Et Anne, 73 ans, qui encaisse 7 coups de couteau d’un Algérien sous OQTF, en se faisant traiter de « kâfira » et de « sale gaouria ».

Quentin, Lyonnais trentenaire, tabassé à 10 contre 1 par des racailles maghrébines et subsahariennes, laissé dans un coma dont il ne sortira jamais.
Face à Mohsine, trentenaire lui aussi, qui se plaint que des infirmières l’aient taquiné sur une possible exagération de ses symptômes aux urgences.

Il met tout ça à égalité.

Il met le syndrome méditerranéen au même niveau que l’égorgement.

Il met un mot malheureux dit par une alcolo au même niveau qu’un meurtre rituel au couteau.


C’est sophiste.


Et pour démontrer cela, je vais donner un test simple, factuel, reproductible, vérifiable. Un test que n’importe qui peut faire.


Test n°1 : les deux sites.


D’un côté : Tajmaât. Site communautaire maghrébin, dont le but affiché est de dénoncer « les injustices » contre les Maghrébins.


De l’autre côté : Fdesouche. Site communautaire français autochtone, dont le but est de montrer les agressions visant les Blancs.


On ne peut pas faire plus équilibré comme comparaison. Même format. Même orientation communautaire. Deux récits. Même si l’un est plus légitime que l’autre car autochtone.


Enfin bref, j’ai pris le temps, j’ai comparé.


Chez Tajmaât, tu trouves quoi ? René, retraité, qui a dit un mot de trop. Edith, 65 ans, bourrée, qui insulte dans un bus. Un syndrome méditerranéen ici et là. Un infirmier qui a parlé sèchement. 2 paumés sur X qui ont insulté un élu d’origine maghrébine. Voilà.


Chez Fdesouche, tu trouves quoi ?

Des viols.

Des égorgements.

Des coups de couteau.

Des lynchages à 10 contre 1.

Des agressions gratuites filmées en rigolant.

Des meurtres.

Du sang.

Des visages explosés. Des vies brisées.


Et les agresseurs ? Dans l’écrasante majorité : Maghrébins. Subsahariens.


Et je pourrais, malheureusement, continuer comme ça des heures et des heures, des jours et des jours, des semaines entières. Parce qu’en réalité, ce que je viens de citer n’est qu’un échantillon microscopique d’un phénomène bien plus vaste, et cela en ne restant focalisé que sur une seule typologie de profils, parmi tant d’autres, à savoir des Maghrébins. Sinon, ce même Tajmaât pourrait me rétorquer que cela ne le concerne pas.

Que dire alors si j’adopte une vision réellement holistique, et que j’intègre également les actes commis par une pluralité d’auteurs ethniques, subsahariens, etc., et autres trajectoires migratoires ?

Là, le tableau devient encore plus sombre, encore plus lourd, encore plus accablant.

Je ne te cache pas que cette comptabilité morbide me met mal à l’aise. Compter les morts, les agressions, les visages broyés, ce n’est pas une passion, ce n’est pas un sport. C’est même une forme de désolation intérieure.

Mais quelque part, je suis forcé de passer par là lorsque je fais face à des individus qui, encore une fois, placent sur un même plan des réalités qui n’ont absolument rien à voir entre elles. Qui comparent l’incivilité à l’homicide, la parole imbécile au sang répandu, la friction symbolique au traumatisme irréversible.

Et si je suis obligé d’entrer dans ce terrain-là, ce n’est pas par goût, ce n’est pas par plaisir ; c’est simplement parce que la vérité, parfois, exige d’être nommée jusqu’au bout.

Et d’ailleurs, les mecs comme Tajmaât ne nient jamais les faits, ils nient leur proportion.


Petite précision en passant, et pas des moindres : Fdesouche, eux, quand une victime est d’origine maghrébine, ils le dénoncent aussi. Tajmaât, jamais. Jamais quand la victime est française autochtone. La victimisation marche à sens unique.

Mais aussi, et c’est tristement ironique, sur les rares cas où Tajmaât relaie des meurtres de Maghrébins en France, il s’agit presque toujours d’auteurs eux-mêmes maghrébins, subsahariens ou d’autres origines étrangères. Je n’ai même pas eu besoin d’aller fouiller loin dans son historique. Je suis descendu de quelques jours seulement et j’ai immédiatement vu un énième exemple du même schéma. Un père défunt, brisé, pleurant son fils.

Je m’associe évidemment à sa douleur, parce que la mort d’un enfant terrasse tout homme, quelle que soit son origine. Bien entendu que c’est tragique. Mais encore une fois, la malheureuse ironie, c’est que chaque fois que ces assassinats sont relayés, les auteurs ne sont jamais des Français autochtones.

Test n°2 : le test des vidéos.


On vit dans une société entièrement filmée.

Tout est capté.

Une engueulade est filmée.

Un burger est filmé avant d’être mangé.

Un Jean-Claude Duss qui respire est filmé.

Chaque rue est une caméra.

Chaque altercation est un fichier MP4.


On ne ment plus sur le réel.

C’est fini.

C’est la « société de transparence » dont parle Byung-Chul Han.


Bien.

Donc, des agressions racistes, si ça existe, ça devrait se voir immédiatement.


Alors voilà mon défi clair, net, sans triche : je donne 48 heures à Tajmaât et ses pairs pour me trouver UNE seule vidéo… ! Une, pas 2, une, pas 3. Une, 1, une seule vidéo !
Une seule datant des 20 dernières années en France, où tu vois :


• des Blancs, des Français de souche,
• courir après un Noir,
• le tabasser à plusieurs,
• coups de pied dans la tête,
• en lui hurlant « sale nègre ».
OU
• des Blancs,
• courir après un Maghrébin,
• le frapper en meute,
• et lui hurler « sale bougnoule ».


Une seule vidéo. En 20 ans. En France. Je dis bien en France, ça ne sert à rien de me trouver une vidéo du fin fond du cul de l’Azerbaïdjan, que sais-je, en France !


Il ne la trouvera pas. Je te le dis déjà. Il n’y en a pas.


Maintenant moi. Je ne me donne pas 48 heures. Je me donne 20 minutes. 20 minutes pour lui trouver 100 vidéos où l’on voit :


• des Maghrébins tabasser des Blancs en criant « sale gwer » ou « français de zeb »


• des Subsahariens tabasser à mort des Blancs en hurlant  » sale français ! « 


• des racailles ethniques humilier, frapper, piétiner des autochtones pour le « glory Snapchat »


100 vidéos.


Voilà la différence entre des gens comme Tajmaât et les autochtones face au réel, c’est qu’on a, d’un côté, du mec qui pleurniche parce qu’il y a du syndrome méditerranéen, et, de l’autre, du mec qui pleurniche car son fils a ramassé 17 coups de couteau dans le cœur par un mec sous OQTF.


Et d’ailleurs, j’irais plus loin : si demain tu proposes à n’importe quel Français autochtone de remplacer ce qu’il subit, coups de couteau, lynchages, humiliations filmées, par ce que Tajmaât appelle « racisme systémique », ils signent tous. Sans exception.


Qui ne préférerait pas une vieille de 75 ans, alcoolique, qui insulte ton ethnie, plutôt que finir égorgé dans un parking ?

D’ailleurs, si je peux me permettre, il y a un troisième test que personne ne formule jamais clairement. Ceux qui, d’un côté, voient lucidement ce phénomène très concret de la société française, à savoir des autochtones tués, agressés, poignardés, roués de coups à un rythme tel que les prénoms et les visages se dissolvent dans une banalité macabre, ceux-là ne retiennent presque plus rien.

Ni les noms des assassins, ni les noms des victimes. Le flot est trop dense. L’horreur est devenue un bruit de fond. Et à force d’être répétée, elle n’indigne plus, elle anesthésie. Et en face, dans le camp du déni, le camp du « ce n’est jamais nous », celui du réflexe pavlovien qui répète toujours « c’est les autres qui exagèrent », ces gens-là disposent curieusement d’une mémoire extrêmement sélective. Une mémoire chirurgicale. Ils ressortent immédiatement les deux ou trois noms qui leur servent de talisman moral.

Et parmi ces noms, Guy Georges revient souvent. Guy Georges, qui n’est pas un autochtone blanc français en passant. On mentionne alors Patrice Alègre, Michel Fourniret, Émile Louis. Et dans cette misère-là, dans cette tragédie-là où il n’y a absolument rien de jouissif, un point capital n’est jamais relevé : lorsque ces assassins-là sont blancs, ils tuent majoritairement d’autres autochtones blancs.

Les populations maghrébines ou subsahariennes ne sont même pas directement concernées par ces crimes. Ce qui rend encore plus absurde la manière dont certains utilisent ces cas pour relativiser un phénomène qui, lui, n’a rien d’équilibré.

Tout cela se déroule, en plus, dans un pays majoritairement blanc et autochtone. Comme l’expliquait Émile Durkheim, la criminalité est un phénomène normal, inhérent à toute société structurée. Autrement dit, même dans un pays ethniquement homogène, il y aurait des criminels, des violeurs, des meurtriers. La France n’a évidemment pas attendu l’immigration pour connaître le crime. La criminalité autochtone fait partie de la normalité sociologique, au sens où toute société porte en elle ses délinquants. C’est malheureux, c’est cynique, mais c’est normal.

Mais justement : si les autochtones sont majoritaires, et si les minorités ethniques, comme leur nom l’indique, sont censées être minoritaires, pourquoi le ratio est-il aussi déséquilibré ? Pourquoi, malgré leur faible poids démographique, observe-t-on une surreprésentation spectaculaire de certains groupes, notamment maghrébins, dans les affaires d’agressions, de violences, de meurtres ou de faits divers graves ? Ce décalage — quiconque ouvre un rapport de police, une étude criminologique ou simplement ses yeux dans l’actualité peut l’observer — devrait suffire à déclencher une réflexion honnête.

Il faut aussi savoir que la criminologie offre une clé essentielle que beaucoup refusent d’utiliser. Elle distingue entre la « conjoncture criminelle » et les « phénomènes systémiques ». Dans la conjoncture, on trouve le fameux pétage de plomb, l’acte soudain, souvent commis par des « monsieur-madame-tout-le-monde » , parfois dans des féminicides (d’ailleurs, si on rentre dans l’anthroponymie, on observe aussi une présence notable de noms à consonance maghrébine ou subsaharienne dans les féminicides), parfois dans des drames familiaux. Ce sont des crimes tragiques, mais ils ne sont pas le produit d’un registre normatif. Ils ne relèvent pas d’une culture du passage à l’acte.

Ils ne nient pas symboliquement l’espace social dans lequel ils s’inscrivent. À l’inverse, ce qui se produit depuis trente ans en France n’a plus rien de conjoncturel. On n’est plus dans l’accident psychique ou l’explosion imprévisible. On observe quelque chose de structurel. Quelque chose qui se répète, qui se massifie, qui se normalise, qui s’installe dans la durée. Ce n’est plus le pétage de plomb d’un individu isolé, mais un phénomène horizontal dans lequel une partie de la racaille du quotidien baigne en permanence. Cette racaille sort pour le faire. Elle est dans un rapport au monde où l’agression, la prédation, l’humiliation, la négation de l’espace social, la négation de l’autochtonie, deviennent des pratiques régulières, presque ritualisées.

C’est la différence fondamentale entre une pathologie individuelle et une dynamique collective. La criminologie explique très bien que ce glissement d’un registre conjoncturel à un registre systémique est le signe d’un dérèglement profond de l’espace social. Cela ne veut pas dire que lorsqu’on regarde des émissions comme Faites entrer l’accusé, on ne tombe pas sur ces fameux autochtones criminels. Cela ne veut pas dire que la France serait un pays pur jusqu’à l’arrivée des migrations. Cela veut simplement dire que la question réellement dérangeante, celle que le camp du déni refuse obstinément de se poser, est la suivante :

comment expliquer qu’un groupe numériquement faible produise autant d’affaires, au point d’alimenter un déséquilibre statistique visible à l’œil nu ?

Pourquoi ne se demandent-ils jamais, malgré la minorité démographique de ces populations, pourquoi elles apparaissent aussi massivement dans les faits divers graves ?

Pourquoi ne cherchent-ils jamais à comprendre la surreprésentation, la répétition, la fréquence, la récurrence ?

Pourquoi s’obstinent-ils à réduire ce phénomène à des « discours d’extrême droite » alors qu’il s’agit d’une tendance empirique, observable, documentée, inscrite dans les ratios eux-mêmes ?

Et c’est là que tout se joue : ceux qui brandissent les noms d’exception le font précisément parce que ces exceptions sont rares. On retient les assassins autochtones parce qu’ils sont minoritaires dans la statistique réelle. Leur apparition est un événement, un choc symbolique, une cassure. Ils bousculent une norme empirique que tout le monde connaît intuitivement, même ceux qui passent leur vie à la nier.

À l’inverse, si les prénoms des autres s’effacent dans la masse, c’est précisément parce que le flux est trop abondant pour être mémorisé. Là réside la vérité que certains refusent d’affronter : la banalisation vient du nombre, et l’oubli vient de la répétition. Mais comme toujours, ils se barricadent derrière l’exception pour effacer la tendance, derrière le cas isolé pour annuler la série, derrière le spectaculaire pour invisibiliser le répétitif.

Et d’ailleurs, cela va paraître provocateur, mais… si une nation possède déjà ses propres délinquants, pourquoi en importer d’autres ?

Pourquoi ajouter de nouveaux potentiels agresseurs ou tueurs alors qu’elle porte déjà le poids des siens ?

Pourquoi prendre ce putain de risque, surtout quand même des intellectuels comme Emmanuel Todd — pourtant figure emblématique de la gauche moralisatrice, du camp anti-FN et du progressisme démographique — expliquent depuis plus de vingt ans que l’immigration n’apporte plus aucun bénéfice économique significatif, que ses effets macroéconomiques sont au mieux neutres, et souvent négatifs lorsqu’on regarde les choses froidement. Bref, je m’égare un peu du sujet principal ; c’est encore un autre prisme que j’ai déjà labouré dans mes textes sur la relation entre immigration et économie, et si je formule cette question ici, c’est surtout pour la force rhétorique, parce qu’au fond, la réponse, malheureusement, je la connais.

Ainsi…


Avant de rentrer dans le vif et de décortiquer son tweet, je vais terminer cette introduction sur une tonalité plus personnelle…


Moi, en tant que mec d’origine maghrébine né en Occident, j’ai honte quand je vois ce genre de démarche. Parce que je n’ai pas été élevé dans la culture de la pleurniche et de la plainte perpétuelle.


Ça va paraître provocateur, mais c’est ma chair qui parle, pas un slogan : je n’ai pas été élevé pour être une pute.


Et je ne pense pas que Dieu nous ait créés pour être des putes, à savoir, à mon sens, des gens qui passent leur temps à pleurnicher pour des choses périphériques et qui, en plus de ça, invisibilisent, minimisent ou nient des faits qui ne sont plus de l’ordre du fait divers, mais d’un phénomène de société massif que subissent des autochtones chez eux, sur leur propre terre ancestrale.


Chacun a sa conception de la justice, sa conception du spirituel, sa conception de la transcendance. La mienne commence par ça : le refus d’être une pute et le refus de l’injustice.


Penser contre soi, ne jamais s’installer dans le confort de son camp, ne pas se contenter de ce qui nous arrange.


Je ne vais pas dire « être objectif », parce que je ne crois pas à l’objectivité pure, mais je crois profondément à la maîtrise de sa subjectivité : reconnaître, quantifier, mobiliser tous les facteurs du réel, qu’ils aillent dans le sens de nos idées ou qu’ils les contredisent.


À mon sens, c’est ça, la définition d’un homme.
Et comme je suis d’origine maghrébine, que je porte ces traits-là sur moi, il m’arrive d’avoir honte qu’on puisse m’associer à ce type d’entreprise victimaire.


Mais ce qui me rassure, c’est que, malgré le fait que le discours de Tajmaât soit un discours récurrent, presque banal au point d’être ennuyeux, comme je l’ai dit, des Tajmaât, on en croise 7 ou 8 dans chaque café, il existe aussi des Maghrébins beaucoup plus éduqués, beaucoup plus lucides, travaillés par une virilité intellectuelle réelle, qui, eux, refusent cette posture, se détachent de tout ça et essaient de voir les choses d’une manière plus juste, plus exigeante, moins infantile.


Précision… ça ne veut pas dire que je renie la souffrance moins violente. Non. Je parle d’un cadre conceptuel, pas d’un déni humain.


Une femme d’origine maghrébine qui n’a rien demandé, qui marche tranquillement dans la rue, qui porte le hijab parce qu’elle est la résultante d’une histoire, d’une politique verticale responsable qui les a fait venir, d’une immigration qu’elle n’a pas choisie, et qui se fait insulter gratuitement par une vieille alcoolisée, je ne minimise pas sa douleur.


Les femmes sont plus sensibles, plus exposées, et l’injustice morale touche plus fort.


Je ne minimise pas non plus le chibani marocain de 65 ans, courtois, humble, qui a toujours été correct dans sa vie, qui a bossé honnêtement, qui a des camarades autochtones depuis sa jeunesse, et qui se fait malmener verbalement par un groupe de bourrins réellement racistes sur X.


Bien sûr que ça existe. Bien sûr qu’il existe des racistes, des vrais, des caricatures, des minables.
Je ne nie pas ces souffrances-là. Je ne dis pas qu’elles ne comptent pas.


Je dis juste que ce que j’appelle le récit victimaire, ou même la théologie victimaire, consiste précisément à refuser la hiérarchie des gravités. À tout mettre au même niveau.


À comparer, encore une fois, un phénomène de société écrasant, qui est la cible autochtone dans la racaillerie horizontale, et des incivilités avec, rarement, le sang, le coma, les pleurs et la mort en facture…
Vous comprenez ?

C’est de ça dont je parle. C’est là où se situe ma ligne.


Je peux être provocateur dans ma manière de m’exprimer, c’est mon côté rabelaisien, mon côté gainsbourien, si vous voulez, mais une personne qui souffre, quelle que soit son ethnie, je ne m’en réjouis pas.


Disons que je pense qu’il y a d’autres projets dans la vie que de jouir à la vue des souffrances des autres, on est d’accord… Si on peut l’éviter, on doit l’éviter.


Mais moi, ce qui m’intéresse ici, c’est la vision conceptuelle, la capacité de mobiliser tous les facteurs du réel, dans leur ordre, leur poids, leur gravité, sans tout mélanger, sans tout confondre.


Bref. Rentrons dans le vif.


Je vais faire simple et propre : je vais prendre son tweet dans l’ordre, morceau après morceau, les extraire comme on détache les fibres d’un tissu, et répondre point par point.
Chaque fragment deviendra un acte, et chaque acte une mise à nu de son récit.


ACTE I

« C’est faux. L’immigration asiatique est présentée comme « réussie » parce que ces diasporas figurent parmi les plus communautaires et identitaires du pays. »

RÉPONSE

Parler de l’immigration asiatique au singulier, c’est déjà dire qu’on ne sait pas de quoi on parle. Les Asiatiques en France n’existent pas au singulier. Il n’y a pas une immigration asiatique. Il y en a plusieurs, avec des histoires, des temporalités, des sociologies différentes.

(Comme le montre l’historienne Marie-Claire Bergère dans ses travaux sur les diasporas chinoises. À voir aussi les travaux de François Héran, Emmanuelle Santelli, Jean-Luc Domenach ou encore les rapports démographiques successifs de l’INED.)

On parle d’au moins quatre trajectoires migratoires radicalement différentes.

Il y a les Vietnamiens, Cambodgiens et Laotiens, arrivés par vagues de réfugiés entre 1975 et 1987, souvent passés par les camps, marqués par un rapport traumatique au politique, et porteurs d’une discipline communautaire issue du confucianisme, ce que les sinologues appellent « la moralité filiale » (孝).

Il y a les Chinois de Wenzhou, arrivés par le commerce et le textile, avec une culture du travail et de l’épargne décrite dans les travaux de Michel Agier et de Laurence Roulleau-Berger.

Il y a les Chinois “mandarins”, installés depuis le début du XXᵉ siècle, passés par l’Université, souvent invisibles car intégrés dans les classes moyennes urbaines.

Il y a les Coréens et les Japonais, issus de migrations qualifiées, d’une élite scolaire et professionnelle parfaitement documentée par les études comparatives de l’OCDE.

Quant à l’idée que les Asiatiques seraient “présentés comme réussis parce que communautaires”, c’est une inversion de causalité. Ce n’est pas le réseau qui produit la réussite, c’est la norme interne du groupe. Ce que valorise un groupe détermine ce que produit son réseau.

Aristote l’avait déjà formulé dans L’Éthique à Nicomaque : ce n’est pas le lien qui crée la vertu, c’est la vertu qui rend le lien fécond.

Si l’on suit Tajmaât, n’importe quelle communauté soudée devrait produire automatiquement de la réussite. Or l’histoire le dément systématiquement : les mêmes structures communautaires ont enfanté la mafia sicilienne et Rita Levi-Montalcini, Madoff et Spinoza, les clans albanais et des élites médicales diplômées de Zurich.

Le réseau est un amplificateur, pas une usine à talent.

Tu as des réseaux criminels extrêmement structurés, et tu as aussi des chirurgiens, des architectes et des universitaires qui se sont hissés très haut dans la société européenne.

Le point commun : le réseau.

La différence : la norme.
Ce que tu valorises.
Ce que tu punis.
Ce que tu glorifies.
Ce que tu considères comme une honte.

René Girard écrivait : « chaque communauté choisit ses sacrifices symboliques ».

Tajmaât efface ça d’un coup. Il traite le communautaire comme un bloc uniforme, comme si le simple fait d’être soudé produisait automatiquement la réussite.

C’est une paresse analytique.

Le véritable point, celui que Tajmaât refuse d’aborder, est celui que les intellectuels comme Ézékiel Jaad, Hugues Lagrange, Sébastian Roché ou Pierre-Olivier Monteil posent depuis quelques années : la réussite est corrélée à la structure normative du groupe.

À ce qu’on punit.
À ce qu’on tolère.
À ce qu’on glorifie.

Les Vietnamiens punissent la honte et glorifient le travail.
Les Wenzhou punissent la dépense et glorifient l’épargne.
Les Coréens punissent l’échec scolaire et glorifient la discipline hiérarchique.

La question n’est donc pas : un groupe est-il soudé ?
La vraie question est : que fait-il de sa propre cohésion ?

Tajmaât évite ce point parce qu’il détruirait son récit dès la première ligne.


ACTE II


« Elles sont arrivées tardivement en France, dans un contexte plus favorable, et ont bénéficié d’un soutien institutionnel important, contrairement à d’autres diasporas arrivées massivement comme main-d’œuvre ouvrière, concentrées dans des cités périphériques et soumises à une pression assimilationniste constante. »

RÉPONSE

Ce passage est un concentré de demi-vérités, d’imprécisions historiques et de raccourcis qui feraient bondir n’importe quel historien sérieux de l’immigration.

Quand Tajmaât dit que “les Asiatiques sont arrivés tardivement dans un contexte favorable”, il est totalement confus.

D’abord, les Vietnamiens, Cambodgiens et Laotiens ne sont pas arrivés dans un “contexte favorable”. Ils sont arrivés comme réfugiés, après des guerres civiles, des bombardements, des camps, des massacres, un contexte que certains anthropologues comme Michel Naepels ou François Guillemot qualifient encore aujourd’hui de traumatique. Ils ont atterri dans des foyers, des hôtels sociaux, des dispositifs précaires. Rien à voir avec une arrivée triomphale, soutenue, organisée. C’est un fantasme reconstruit avec des lunettes de 2025.

Ensuite, dire qu’ils ont “bénéficié d’un soutien institutionnel important” est faux si l’on regarde les archives de l’époque. Ce que la France met en place dans les années 70-80, ce ne sont pas des politiques ciblées pro-asiatiques, mais des politiques de gestion massive des flux (rapports du Haut Comité pour la Population, 1981-1984). Il y a des dispositifs humanitaires, pas des avantages structurels. L’État français ne déroulait pas le tapis rouge, il tentait de gérer une urgence.

Quant aux Chinois de Wenzhou, ils n’ont bénéficié d’aucun soutien institutionnel. Ils sont arrivés par réseaux internes, par économie familiale, souvent dans l’irrégularité, en travaillant douze à seize heures par jour dans des ateliers textiles. Le “soutien institutionnel” est une pure invention.

Passons maintenant à son idée que “d’autres diasporas” — comprendre une certaine sociologie maghrébine — auraient subi une “pression assimilationniste constante”.

Là encore, Tajmaât fait de la poésie politique.

Tous les groupes venus en France au XXe siècle ont subi une pression assimilationniste : Portugais, Italiens, Polonais, Arméniens, Espagnols, Juifs sépharades, Juifs ashkénazes. C’est ce que Norbert Elias appelait la contrainte civilisatrice, et que Bourdieu, dans un autre langage, nommait la pression normative du champ national.

Ce que Tajmaât refuse de voir, et que les démographes comme Jean-Pierre Azéma ont répété cent fois, c’est que la France n’a pas exercé une pression spécifique sur les Maghrébins. Elle a exercé la même pression que sur tous les groupes précédents : apprendre la langue, respecter la loi, adopter des codes communs. C’est le principe même de l’État-nation moderne.

Et surtout, sa phrase sur “les cités périphériques” est historiquement fausse.

Les cités HLM n’étaient pas des ghettos ethniques créés pour les Maghrébins. Elles ont été peuplées par des Français pauvres, des Européens du Sud, des rapatriés d’Algérie, des Portugais, des Italiens, des Espagnols. La concentration maghrébine est postérieure. Ce sont les stratégies résidentielles internes, les dynamiques familiales, les logiques économiques et le départ progressif des natifs qui ont transformé ces zones.

Comme je le rappelle dans cet article, qui reprend des passages de l’un de mes livres, au chapitre Habitatio Socialis : Ici.

Tajmaât décrit un passé imaginaire où l’État français aurait parqué une population dans un ghetto ethnique. C’est faux. Et c’est une manière commode de maquiller des trajectoires historiques complexes.


ACTE III

« On ne parlera même pas ici des violences et ratonnades des années 70-80, de l’empêchement de toute structuration communautaire dans les années 80 après la mise en déroute de la Marche pour l’égalité, les discriminations à l’embauche et logement, ni des défaillances politiques et judiciaires qui ont laissé s’installer des dérives que vous instrumentalisez aujourd’hui. »

RÉPONSE


Ce passage est un manuel parfait de manipulation historique.


Tajmaât commence par dire qu’il n’en parlera pas, mais il en parle justement pour imposer un cadre mental. C’est ce que les rhétoriciens antiques appelaient insinuatio, la manière subtile d’imposer une idée en feignant de l’écarter. Quintilien l’expliquait déjà dans l’Institutio Oratoria : ce que l’orateur dit ne pas vouloir aborder est précisément ce qu’il veut que tu gardes en tête.


Donc remettons l’histoire à sa place, sans poésie et sans fiction.


Oui, il y a eu des ratonnades dans les années 70 et 80. Oui, des Maghrébins, et surtout des Algériens, ont été agressés, discriminés. C’est documenté par les archives de la Ligue des Droits de l’Homme, par les journaux de l’époque, par les travaux de Noiriel et Blanchard. Personne ne conteste ces faits.


Mais Tajmaât fait ce que n’importe quel historien sérieux refuserait : il utilise un passé réel, mais isolé, pour annuler tout ce que le présent révèle. Ce n’est pas de la sociologie, c’est du chamanisme politique.

On ne peut pas expliquer des dynamiques actuelles, massives, quantitatives, documentées par les statistiques judiciaires par des événements mineurs survenus il y a cinquante ans.


Ensuite, il parle d’un prétendu “empêchement de toute structuration communautaire”. Cette affirmation est fausse historiquement. Les années 80 ont vu exploser le nombre d’associations culturelles, de mosquées, de réseaux familiaux, de commerces communautaires. Les études de Claire de Galembert sur l’islam en France, de Françoise Lorcerie sur les mobilisations identitaires, ou encore les travaux du CNRS sur les associations issues de l’immigration le montrent clairement : il n’y a jamais eu de blocage systémique.


Ce qui a été combattu, c’est une chose précise : les structures politico-religieuses qui voulaient imposer un ordre parallèle, souvent inspiré des mouvements islamistes algériens ou des réseaux liés à des États étrangers. Dire que cela revient à “empêcher la communauté” de s’organiser, c’est confondre la solidarité avec la politique, exactement l’erreur que dénonçait Abdelmalek Sayad dans ses écrits. Et Sayad n’était pas un méchant nationaliste réactionnaire bouffeur d’enfants, il était l’un des penseurs préférés des cercles tiers-mondistes.


Tajmaât enchaîne ensuite avec “les défaillances politiques et judiciaires qui ont laissé s’installer des dérives que vous instrumentalisez”. Le mot dérive est un euphémisme. Les phénomènes qu’il qualifie ainsi sont des homicides, des agressions filmées, des lynchages, des viols, des violences en meute, des attaques au couteau, des guets-apens, des humiliations racisées. Les qualifier de “dérives” revient à nier le caractère conséquent du problème. Et accuser ceux qui les décrivent d’“instrumentalisation” est une technique rhétorique bien identifiée depuis Hannah Arendt : nier le sens d’un phénomène pour éviter d’avoir à l’analyser.


Le point essentiel, que Tajmaât tente de masquer avec son brouillard mémoriel, est celui-ci : la dynamique de la violence horizontale s’est inversée.

Les années 70 étaient, en partie, un temps où les Maghrébins subissaient davantage que les autochtones. Certes. Aujourd’hui, ce sont les statistiques du ministère de la Justice qui le montrent, ce sont les vidéos, les rapports criminologiques : la violence horizontale vient majoritairement d’une certaine sociologie maghrébine et subsaharienne vers les autochtones, pas l’inverse. Ce n’est pas une opinion, c’est un constat récurrent dans les travaux empiriques, notamment ceux d’Hugues Lagrange dans Le Déni des cultures, ceux de Sebastian Roché sur la violence juvénile et du docteur Maurice Bergé dans son ouvrage sur la violence gratuite en France.



ACTE IV


« Le point central de cette question qui est rarement traité honnêtement, est le communautarisme. »


RÉPONSE


Le communautarisme, en soi, n’est ni bon ni mauvais.


C’est un vecteur, pas un moteur.


Un contenant, pas un contenu.


Tous les historiens des communautés immigrées le savent : ce qui différencie les groupes, ce n’est pas la force du réseau, mais le contenu normatif du groupe. Ce que le groupe valorise, ce qu’il punit, ce qu’il tolère, ce qu’il considère comme honteux ou honorable.


C’est exactement ce que Durkheim appelait la conscience collective, ce que Norbert Elias nommait structure des habitus, ce que Lévi-Strauss appelait patrimoine symbolique, ce que Marcel Mauss décrivait comme ethos communautaire. Le réseau n’est jamais la cause. Le réseau est un multiplicateur.


Regarde ce que l’histoire nous offre comme exemples :
— même densité communautaire chez les Siciliens : on y trouve la mafia ET des prix Nobel.
— même cohésion chez les Juifs orthodoxes : on y trouve l’excellence scolaire ET Madoff.
— même esprit clanique chez les Albanais : on y trouve les réseaux criminels ET des élites scientifiques diplômées de Zurich.


Le lien interne produit des résultats radicalement différents selon la norme interne.
Tajmaât, lui, efface cette dimension essentielle parce qu’elle met à nu ce qu’il ne veut jamais regarder : les écarts de comportements entre les groupes ne viennent pas de la cohésion, mais de ce que chaque groupe fait de sa cohésion.


Dire que “le communautarisme” est le centre, c’est un slogan, pas un diagnostic. C’est l’argument qu’on sort quand on n’a pas envie d’ouvrir la boîte noire des normes culturelles, du rapport à l’État, du rapport à l’autorité, du rapport à la frustration, du rapport à la loi, du rapport au pays d’accueil.

Toutes dimensions que la sociologie sérieuse place au centre de leurs analyses.


Tajmaât veut une sortie simple.
Il choisit donc “le communautarisme”.
Un concept vide, qui lui permet d’éviter les vraies questions.



ACTE V


« Les populations Asiatiques en France disposent de structures communautaires extrêmement denses, solidarités économiques internes, mise en commun des ressources, réseaux professionnels, soutien scolaire, transmission culturelle et familiale. »


RÉPONSE


Ce que Tajmaât décrit ici n’est pas faux dans les faits, dans le produit fini : oui, certaines populations asiatiques ont une architecture communautaire dense. Mais encore une fois, il confond description et explication, ce qui est le péché capital de l’analyste amateur. Il énumère des éléments visibles

solidarité, épargne, soutien scolaire, réseaux professionnels

sans comprendre la mécanique profonde qui les rend possibles et, surtout, efficaces.


Il voit l’outil, pas la culture qui le fait fonctionner.


Prenons les populations asiatiques qu’il invoque : Vietnamiens, Cambodgiens, Laotiens, Chinois de Wenzhou, Chinois mandarins, Coréens, Japonais.

Ces groupes ne partagent ni langue, ni histoire politique, ni modes de filiation, ni conception de l’autorité. Ils ne partagent même pas la même structure familiale : les Vietnamiens sont dans un modèle bilatéral, les Wenzhou dans un modèle hyper-patriarcal, les Japonais dans un modèle vertical mais modérément autoritaire, les Coréens dans un modèle hyper-hiérarchique couplé à une pression scolaire meurtrière.


Ce qu’ils partagent réellement, ce n’est pas le “communautarisme”, c’est ce que Max Weber appelait une éthique.


Une grammaire morale.
Une architecture du devoir.


Et cette éthique n’est pas interchangeable :


– Elle est confucéenne chez beaucoup : rapport sacré à l’autorité, au père, à l’aîné, au travail, au silence, à la discrétion.


– Elle est marquée par le bouddhisme ou le taoïsme : contrôle des affects, mépris du spectaculaire, absence de revendication publique.


– Elle est liée à un rapport pudique au politique : le pouvoir n’est pas contesté frontalement, il est contourné, respecté, évité, mais jamais affronté.
C’est cela qui explique la réussite, pas le “communautaire”.


L’idée que la réussite découlerait mécaniquement du réseau est sociologiquement absurde.
Un réseau ne transforme rien : il multiplie ce qu’on y injecte.


Si tu injectes des normes disciplinaires, tu obtiens de la réussite.
Si tu injectes des normes criminelles, tu obtiens de la mafia.
Si tu injectes des normes victimaires, tu obtiens du ressentiment organisé.
L’histoire l’a démontré partout :
Ce n’est pas la densité du groupe qui fait la qualité du résultat,
c’est la qualité du logiciel moral interne.


Et c’est précisément ce point que Tajmaât veut éviter.
Parce que si tu ouvres la question de la norme interne, tu dois analyser :
— le rapport à la frustration
— le rapport à l’autorité
— le rapport à la loi
— le rapport à l’espace social
— le rapport à la défaite
— le rapport à la réussite
— le rapport à la honte
— et la manière dont un groupe définit la dignité


Et là, subitement, on sort du confort victimaire pour entrer dans la sociologie comparative.


Là, on doit citer Emmanuel Todd, Mirna Safi, Azouz Begag, Abdelmalek Sayad, Philippe d’Iribarne, François Dubet, Norbert Elias.

( Qui sont tout, sauf des horribles fachos, hein ! )


Là, on doit regarder les faits, les chiffres, les enquêtes de victimation, les trajectoires scolaires, les enquêtes longitudinales du CNRS.
Et surtout, on doit regarder une chose fondamentale :
le comportement normatif moyen d’une certaine sociologie maghrébine n’a rien à voir avec le comportement normatif moyen des groupes asiatiques évoqués par Tajmaât.


Les modèles familiaux ne sont pas les mêmes.
Les stratégies éducatives ne sont pas les mêmes.
Le rapport à l’État n’est pas le même.
La perception de l’autorité n’est pas la même.
La gestion de la frustration n’est pas la même.
La réaction à l’échec n’est pas la même.
Et surtout :
le rapport à la conflictualité n’est pas le même.


Les Asiatiques valorisent :
— la discrétion
— l’effacement
— le sacrifice familial
— la discipline
— l’ascension silencieuse
— la honte comme régulateur moral (ce que Daniel Goleman appelle shame-based society)


Une certaine sociologie maghrébine valorise souvent :
— l’honneur viril
— la réaction immédiate à l’affront
— la survisibilité de soi
— la performativité identitaire
— la défiance envers l’autorité
— la glorification de la confrontation
— un rapport plus chaud au collectif (ce que Gellner appelait sociétés tribales segmentaires)


Deux modèles anthropologiques différents.
Deux thermodynamiques morales différentes.
Deux systèmes de gravité sociale différents.


Tajmaât prend un phénomène multiséculaire, et il résume ça à :
« ils ont des réseaux ».

Non, ce n’est pas le réseau.
Ce n’est jamais le réseau.
C’est ce que le groupe met dans le réseau.


Et ce point-là, s’il le reconnaissait, il serait obligé de regarder en face ce qu’il veut précisément éviter :
les productions concrètes, statistiques, observées, filmées, d’une certaine sociologie maghrébine en France.
Et l’écart massif avec les productions d’autres groupes.
Il préfère donc s’accrocher à sa clé anglaise conceptuelle : “communautarisme”.
Un mot-valise, un rideau, une poudre opaque.



ACTE VI


« Ces pratiques sont systématiquement présentées comme des atouts (stabilité, discipline, réussite). »


RÉPONSE


Tajmaât croit faire une révélation en disant que les pratiques communautaires asiatiques seraient “présentées comme des atouts”.
Il se trompe de registre.
Elles ne sont pas présentées comme des atouts.
Elles produisent des atouts.
C’est une nuance que seuls ceux qui ont un minimum de familiarité avec les sciences sociales comprennent.
Aucun sociologue sérieux n’a inventé une narration enjolivée pour flatter les Asiatiques.
Ce que l’on constate depuis trente ans dans les enquêtes de l’INSEE,
de l’INED,
du CNRS,
dans les études de Dominique Schnapper,
de François Héran,
dans les rapports d’Eurostat,
dans les comparaisons internationales PISA,
c’est que certains groupes asiatiques ont des résultats objectivement supérieurs — et ce, quelle que soit la manière dont on mesure la “réussite”.
Ce ne sont pas des “atouts présentés”.
Ce sont des faits enregistrés.


La confusion de Tajmaât est typique des militants qui confondent réalité mesurée et réalité racontée.
Il croit que la réussite des Asiatiques est un produit idéologique.


Elle est un produit statistique.
Et là, il faut dire la vérité, la vérité inconfortable que Tajmaât ne veut jamais toucher :
si lesdites “pratiques” (soutien scolaire, discipline, stabilité, transmission) sont associées à la réussite,
c’est parce qu’elles corrèlent avec la réussite partout dans le monde,
toutes cultures confondues.
Ce n’est pas une spécificité asiatique,
c’est une loi sociologique générale :
la stabilité familiale, la discipline scolaire, la transmission culturelle forte et la faible conflictualité avec l’autorité créent mécaniquement un terrain propice à l’ascension sociale.


C’est ce que Bourdieu appelait “la reproduction vertueuse”,
ce que Coleman nommait “capital social”,
ce que Putnam nomme “la densité des liens chauds”,
ce que Elias décrivait comme “la civilité intériorisée”,
ce que Todd nomme “les structures familiales autoritaires et égalitaires”.


Partout où tu trouves :
– faible monoparentalité
– forte pression scolaire
– respect strict de l’aînesse
– faible conflictualité interne
– rapport pudique au politique
– faible exhibition identitaire
– forte discipline collective
→ tu trouves une réussite supérieure.


C’est vrai chez les Coréens aux États-Unis,
chez les Vietnamiens en Australie,
chez les Chinois en Angleterre,
chez les Japonais au Canada,
chez les Indiens brahmanes dans la Silicon Valley,
chez les Libanais chrétiens en Afrique de l’Ouest,
chez les Juifs ashkénazes en Europe centrale,
chez les Sikhs au Royaume-Uni.


Ce n’est pas le “communautarisme asiatique” qui donne la réussite :
c’est un ensemble de normes internes transmissibles,
décrites par toute l’anthropologie comparée depuis Mead jusqu’à nos jours.


Tajmaât ignore tout cela.
Il croit que les Asiatiques réussissent parce qu’ils sont “encouragés”.
Mais personne ne les encourage.
Ils réussissent malgré l’indifférence générale, parfois malgré le mépris, parfois malgré des conditions précaires.
Ce qu’il confond, c’est la perception sociale et la production sociale.
Il croit que les Asiatiques sont bien perçus parce qu’ils sont communautaires.
Il n’a pas compris que les Asiatiques sont bien perçus parce qu’ils ne posent quasiment jamais de problème public,
ni territorial,
ni conflictuel,
ni sécuritaire.


Le rapport à la police ?
Quasi nul.
Le rapport à l’école ?
Excellent.
Le rapport à l’État ?
Silencieux.
Le rapport à la conflictualité ?
Faible.
Le rapport à la visibilité identitaire ?
Quasi inexistant.
Le rapport à la religion dans l’espace public ?
Minimal, discret, non expansif.
En d’autres termes :
leur communautarisme est partiellement apolitique,
familial,
économique,
scolaire,
culturel.
Il ne cherche pas à conquérir l’espace public,
ni à imposer une norme alternative,
ni à contester les standards français,
ni à injonctionner l’État.
Ce qu’ils protègent, c’est la famille, pas le territoire.


Et c’est ici que Tajmaât commet une faute intellectuelle grossière :
il analyse les “atouts” comme si la France les “présentait” comme tels,
alors que c’est le résultat empirique qui les classe ainsi.


Si demain les Asiatiques avaient les mêmes taux de violences, de défiance, de conflictualité territoriale, de revendications identitaires,
la perception générale serait différente.
Ce n’est pas un traitement médiatique.
C’est un traitement statistique.
Les faits ont un poids que les narrations n’écrasent pas.


ACTE VII


« À l’inverse, à titre d’exemple, les Maghrébins sont constamment sommés de ne pas fonctionner en communauté. »


RÉPONSE…


Cette phrase est l’un des mensonges les plus facilement démontables du texte de Tajmaât, et pourtant il la formule avec un aplomb marrant. Il fait comme s’il décrivait une réalité interdite, un tabou d’État, une oppression silencieuse imposée aux Maghrébins.

En réalité, c’est une affirmation contredite par l’histoire, par la géographie, par les sociologues, et surtout par le simple fait d’ouvrir les yeux dans n’importe quelle grande ville française.


Commençons par l’évidence empirique, celle qu’aucun militant ne peut maquiller :
si une certaine sociologie maghrébine était réellement “empêchée de fonctionner en communauté”, comment explique-t-on l’existence même :
— de quartiers presque entièrement homogènes culturellement
— de rues entières où les enseignes, les commerces, les cafés, les boucheries suivent des logiques communautaires
— d’un tissu associatif massif, financé par les mairies depuis trente ans
— d’un réseau de mosquées qui a explosé depuis les années 1980
— d’écoles privées musulmanes qui montent en puissance
— de zones où la langue dominante, dans la rue, n’est plus le français
— d’une sociabilité quasi-exclusivement intracommunautaire dans certains territoires
— d’un vote communautaire observable lors des élections locales
— d’un lien diasporal transnational (Algérie, Maroc, Tunisie) d’une densité exceptionnelle
— de remises d’argent familiales structurées (« hawala » informelle, solidarité intrafamiliale)
— de solidarités économiques internes extrêmement vivantes
— de réseaux d’entraide matrimoniale, résidentielle, professionnelle


Aucun groupe “empêché” de s’organiser n’aurait produit une telle architecture sociale.


Les travaux de chercheurs comme Withol de Wenden, Lorcerie, ou encore les enquêtes du CNRS menées dans ces endroits le montrent :
le problème n’a jamais été l’interdiction du communautaire.
Le problème, pour l’État, c’est le communautaire politico-religieux, c’est-à-dire la production d’une norme alternative qui cherche à supplanter la norme française.


Or Tajmaât, volontairement ou non, refuse cette nuance fondamentale.


Il confond communauté et idéologie.
Il confond solidarité et politisation.
Il confond entraide et structure conflictuelle.
Il prend des catégories différentes et en fait une bouillie qui lui sert d’argumentation.


Historiquement, c’est faux.
Sociologiquement, c’est faux.
Empiriquement, c’est faux.


Et ce n’est pas parce que c’est faux politiquement — c’est parce que c’est faux factuellement.


Depuis les années 1980, aucune communauté n’a été autant courtisée politiquement que la communauté musulmane maghrébine. Ce que Tajmaât appelle “empêchement”, c’est en réalité l’encouragement massif du religieux sous Jospin, Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron. La République n’a cessé, au contraire, d’essayer de composer avec, financer, structurer, institutionnaliser ce paysage (CFCM, conseil du culte musulman, dialogues interministériels, subventions locales, mosquées construites indirectement via des baux emphytéotiques, etc.).


Dire que l’État “empêche la communauté” est une inversion pure de réalité :
il a passé trente ans à essayer d’en canaliser la force, et parfois à la flatter.
Le seul domaine où l’État intervient réellement, c’est quand le communautaire devient normatif.
C’est-à-dire quand il cherche :
— à imposer une règle religieuse dans l’espace public
— à contester les lois nationales
— à créer des micro-territoires symboliques
— à imposer une identité politique alternative
— à désobéir au cadre national
Ce n’est pas une police des Maghrébins.
C’est la défense de la structure étatique, celle-là même que les Italiens, les Portugais, les Juifs, les Asiatiques, les Arméniens, les Chaldéens, les Libanais chrétiens ont acceptée sans poser de question.


De plus, la phrase de Tajmaât est d’autant plus ironique qu’elle contredit ses propres arguments :
— s’il dit que les Maghrébins sont empêchés de se structurer,
— comment peut-il, deux paragraphes plus loin, dire qu’ils ont accédé massivement aux classes supérieures,
— alors même que, selon lui, la structure communautaire serait le moteur premier de la réussite ?
C’est un contresens logique.
Un court-circuit mental.
Dans sa logique, un groupe empêché de se structurer devrait être pauvre.
Or il affirme qu’une certaine sociologie maghrébine accède à la réussite.
Donc soit elle n’est pas empêchée,
soit elle réussit sans besoin de “communautarisme” — ce qui détruit son argument initial.


Sa phrase ne tient donc pas intellectuellement.
Sociologiquement, elle est fragile.
Historiquement, elle est fausse.
Logiquement, elle est contradictoire.
Empiriquement, elle est disqualifiée.



ACTE VIII


« La moindre forme d’organisation, d’entraide ou de solidarité interne est immédiatement suspectée de séparatisme ou de “communautarisme problématique”, quand elle n’est pas assimilée aux Frères musulmans. »


RÉPONSE


Cette phrase est un classique de la rhétorique victimaire moderne : elle exagère un phénomène réel, l’étire, le modifie, puis le généralise jusqu’à en faire une théorie totale. C’est précisément ce que les chercheurs en sociologie cognitive appellent une inflation catégorielle (Raymond Boudon, « Effets pervers », 1977). On prend une catégorie ponctuelle, on la gonfle, et on la présente comme une structure permanente.


Pour comprendre pourquoi Tajmaât se trompe, il faut disséquer plusieurs niveaux.


1. Historiquement, l’entraide maghrébine n’a jamais été suspectée par l’État
Si la moindre forme d’entraide maghrébine était “immédiatement suspectée”, il faudrait expliquer :
• pourquoi les associations culturelles maghrébines ont été financées par les mairies depuis les années 1980
• pourquoi les mosquées ont bénéficié de baux emphytéotiques ou de subventions indirectes
• pourquoi les clubs sportifs communautaires ont été encouragés
• pourquoi les collectifs de soutien scolaire maghrébins bénéficient d’aides publiques
• pourquoi les festivals culturels marocains, tunisiens, algériens sont institutionnellement subventionnés
• pourquoi les réseaux transnationaux de transferts d’argent (hawala informelle, etc.) n’ont jamais été ciblés en tant que tels
• pourquoi certaines villes ont même tenté de structurer des “conseils des habitants” explicitement orientés Maghreb


Si l’État suspectait automatiquement l’entraide maghrébine,
rien de tout cela n’aurait existé.
Or tout cela existe.
Donc sa phrase est factuellement fausse.


2. Ce que l’État surveille n’est pas l’entraide, mais le politique-religieux
Il y a une distinction que Tajmaât refuse systématiquement de faire :
entraide socialestructuration politico-religieuse
Les chercheurs comme Roy ou Seniguer l’ont montré : le vrai sujet de l’État, ce n’est pas la solidarité interne.

Le vrai sujet, c’est :
• quand l’entraide devient un instrument d’influence idéologique
• quand elle impose une contre-norme religieuse
• quand elle produit un rejet de la loi commune
• quand elle fabrique une autorité alternative
• quand elle crée des micro-structures normatives rivales
• quand elle se rapproche de mouvements transnationaux


Autrement dit :
ce n’est pas la solidarité qui est surveillée, mais la politisation.



3. Pourquoi la France surveille ces formes-là ? Parce qu’elles produisent des conflits normatifs
Les travaux de Gauchet (histoire du religieux dans la modernité) et de Baubérot (histoire de la laïcité) l’expliquent très clairement :
Les seules communautés surveillées par la structure étatique Française sont celles qui :
• construisent une autorité concurrente
• contestent la loi commune
• veulent imposer une norme religieuse ou morale particulière
• refusent la neutralité de l’espace public
• cherchent à maintenir une pression intracommunautaire (contrôle des femmes, moralité, comportements)


C’est exactement ce qui a été documenté chez certaines fractions de la sociologie maghrébine musulmane, notamment via les associations proches de groupements d’influence islamiste.
Ce n’est pas une question “ethnique”.
C’est une question de norme.


Un club vietnamien, un centre culturel tamoul ou une association laotienne n’imposent à personne une norme religieuse alternative, ne contestent aucune loi nationale, ne cherchent pas à modifier les règles de l’école, ne revendiquent pas de droits différenciés.
C’est pour cela qu’ils ne sont jamais suspectés.
Ce n’est pas une asymétrie raciale.
C’est une asymétrie normative.


4. L’assimilation automatique aux “Frères musulmans” est un fantasme militant
Tajmaât invente une caricature :
« Dès qu’un Maghrébin s’organise, on le traite de Frère musulman. »
Les enquêtes du ministère de l’Intérieur, les rapports de la DGSI et les analyses de Seniguer montrent que les accusations de “frérisme” sont limitées à des structures idéologiques ayant une stratégie claire de fabrication d’une norme religieuse alternative.


Jamais une association d’entraide marocaine,
jamais un cercle kabyle,
jamais un réseau caritatif tunisien
n’a été assimilé aux Frères musulmans.


Par contre, oui :
certains cercles islamistes l’ont été.
Et c’est  » le game « .


5. Tajmaât crée une symétrie imaginaire pour éviter le vrai sujet
Sa phrase repose sur un artifice :
→ les Asiatiques auraient un communautarisme “autorisé”
→ les Maghrébins auraient un communautarisme “interdit”


C’est faux pour deux raisons :
• Les Asiatiques n’ont pas un communautarisme politique
Leur communautarisme est familial, économique, discret, moral confucéen, non revendicatif.
• Une certaine sociologie maghrébine produit un communautarisme politique-religieux
Avec une charge idéologique, identitaire, et parfois un rejet du cadre national.


Il compare deux choses qui ne sont pas comparables.
C’est de la fausse symétrie, un procédé rhétorique classique étudié par l’école de Palo Alto.

Il décrit une légende consolatrice qui sert sa position militante : si “on” empêche les Maghrébins de s’organiser, alors le problème n’est jamais interne, jamais culturel, jamais structurel, jamais normatif. Le problème serait toujours “l’hostilité française”. C’est une manière habile de ne jamais regarder ce que produisent certaines normes internes.


ACTE IX


« Cette asymétrie de traitement crée mécaniquement des écarts, un groupe est encouragé à se structurer, l’autre est invité à se dissoudre. »


RÉPONSE


Cette phrase, c’est exactement ce que Taguieff appelle une fable compensatoire.
Elle donne l’impression d’expliquer un phénomène complexe par un mécanisme simple, mécanique, presque enfantin.


Comme si les écarts sociaux, économiques, scolaires et comportementaux se résumaient à :
→ on a encouragé les uns
→ on a découragé les autres


C’est de la sociologie de canapé, pas une analyse.


Pour démonter cette phrase, il faut la prendre dans toute sa prétention mécaniste.


1. Aucun groupe n’est “encouragé” officiellement à se structurer
Tajmaât sous-entend qu’il existerait :
• une politique d’État favorable aux Asiatiques,
• et une politique hostile aux Maghrébins.


Factuellement, historiquement, légalement : ça n’existe pas.
Il n’y a jamais eu :
• de lois pro-Asiatiques,
• de programmes de soutien ethnique,
• de politiques publiques “réservées” aux diasporas d’Extrême-Orient,
• de mesures étatiques visant à favoriser leur structuration interne,
• d’avantages institutionnels ciblés.
Rien de tout cela n’a existé.


Les Vietnamiens, Cambodgiens, Laotiens et Chinois n’ont reçu qu’une chose :
un contexte général, neutre, républicain, identique pour toutes les diasporas.


Ce qu’ils en ont fait dépend de leurs normes internes, pas d’un traitement d’État.


2. Certains groupes ont choisi — consciemment ou non — la stabilité plutôt que la confrontation
Les travaux de Héran, de Todd (pour les structures familiales), de Balandier montrent tous ceci :
la norme familiale est le cœur de la trajectoire d’un groupe.


Compare :
• les familles vietnamiennes, laotiennes ou coréennes
Structure verticale.
Autorité parentale stable.
Rapport strict au travail.
Faible conflictualité avec l’État.
Valorisation extrême des études.
Pression intra-familiale à l’ordre.


• une certaine sociologie maghrébine (pas tous les Maghrébins, mais ceux concernés par le sujet)
Transmission plus horizontale.
Rapport conflictuel à l’autorité (héritage colonial algérien).
Normes virilistes plus fortes.
Pression entre pairs très élevée.
Valorisation symbolique de la défiance
Dynamique de quartier territorialiste.


Ce ne sont pas des traitements asymétriques.
Ce sont des normes différentes.


Et le résultat découle de ces normes, pas d’un soi-disant encouragement d’État.


3. Le concept “invité à se dissoudre” est un slogan militant, pas un fait
Si les Maghrébins étaient réellement “invités à se dissoudre”, alors :


Pourquoi les quartiers présentent-ils des concentrations ethnoculturelles massives ?

Pourquoi les prénoms arabo-musulmans sont-ils devenus majoritaires dans certains secteurs ?

Pourquoi observe-t-on une homogénéisation résidentielle croissante ?

Pourquoi les commerces communautaires se multiplient-ils ?

Pourquoi les réseaux économiques internes d’une certaine sociologie maghrébine sont-ils si puissants ?

Pourquoi le nombre de mosquées augmente-t-il chaque année ?

Pourquoi les écoles musulmanes affichent-elles des listes d’attente parfois multipliées par dix ?

Pourquoi les référentiels culturels maghrébins dominent-ils des zones entières du pays ?

Pourquoi existe-t-il aujourd’hui des quartiers où un Français non maghrébin se sent étranger ?

Pourquoi le politique flatte-t-il systématiquement cet électorat ?

Pourquoi vaut-il mieux être maghrébin et musulman qu’identitaire français de souche lorsqu’on se trouve face à la magistrature, face au CRIF, face au Grand Orient, face à 95 % des médias, face à 99 % du monde culturel ?


Ce n’est pas une dissolution.
C’est une recomposition démographique.


L’idée que “la République” demanderait à la sociologie maghrébine de se dissoudre est tout simplement contredite par le réel.


Le réel dit l’inverse :
la structuration existe, elle est massive, et elle n’a jamais été empêchée.


4. Ce que Tajmaât appelle une “asymétrie” est en réalité une “asymétrie normative”
Et c’est là que tout tombe.
Il y a effectivement une asymétrie, mais ce n’est pas celle qu’il croit.


Groupe A (Asie de l’Est, Asie du Sud-Est)
Normes dominantes :

• discrétion
• non-confrontation
• absence de revendications religieuses-politiques
• prévisibilité comportementale
• faible conflictualité avec l’autorité
• auto-discipline
• rapport apolitique à l’État
• structure familiale forte
• ethos confucéen (hiérarchie, harmonie, devoir)
Ce n’est pas “encouragé”.
C’est toléré parce que cela ne crée pas de conflit.


Groupe B (une frange de la sociologie maghrébine, encore une fois, pas tous)
Normes dominantes :

• contestation permanente du cadre
• revendications identitaires
• politisation religieuse
• conflits symboliques
• ressentiment postcolonial
• territorialisation des quartiers
• culture viriliste exacerbée
• inversion du stigmate
• ethos revendicatif (héritage du conflit algérien)


Ce n’est pas “empêché”.
C’est conflituel, donc surveillé.
La différence n’est pas raciale.
Elle est structurelle, culturelle et politique.


5. L’idée qu’un groupe serait “invité à se dissoudre” est contredite par toutes les statistiques


Les données INSEE, INHESJ, ONDRP, et les travaux de Safi, Roché montrent quatre choses :
• Les Maghrébins ne se dissolvent pas : ils se regroupent
• Ils ne perdent pas identité : ils la renforcent
• Ils ne disparaissent pas : ils augmentent démographiquement
• Ils ne s’effacent pas : ils redéfinissent des espaces urbains entiers


On peut discuter des causes, mais le constat est clair.


Donc la phrase de Tajmaât est factuellement fausse.


6. Ce qu’il appelle “asymétrie” est en réalité une inversion de causalité
Tajmaât pose la causalité suivante :
« Ils réussissent parce qu’on les a encouragés.
Nous échouons parce qu’on nous empêche. »

La réalité est :
« Ils ont été perçus positivement parce que leurs normes produisent de la stabilité.
Une partie de la sociologie maghrébine est surveillée parce que ses normes produisent du conflit. »

Ce n’est pas une différence de traitement :
c’est une différence de comportement.

Il remplace des décennies de dynamiques démographiques, culturelles, familiales, normatives, historiques par une fable binaire, facile, confortable :
→ les gentils “empêchés”
→ les autres “favorisés”
Cette vision n’explique rien.
Elle console.


ACTE X

« Pourtant, les mécanismes communautaires produisent des résultats concrets et observables, réduction des délits via le contrôle social interne et la solidarité familiale, ascension économique grâce aux réseaux mutuels et à la circulation interne du capital, capacité à financer un retour ou un investissement au pays d’origine, transmission culturelle et linguistique renforçant la stabilité identitaire, ainsi que protection contre les discriminations par des réseaux alternatifs financés en interne. »

RÉPONSE


Ce passage est fondamental, parce qu’il révèle la clef psychologique du discours de Tajmaât.
Il parle comme si le communautarisme était une boîte magique qui, lorsqu’on l’ouvre, garantit automatiquement :
• discipline
• réussite
• stabilité
• sécurité
• ascension
• cohésion

C’est ce qu’on appelle en sociologie un essentialisme de structure.


Une erreur classique : croire qu’une même structure produit les mêmes effets pour tout le monde.
C’est faux empiriquement, historiquement, anthropologiquement.


Le communautaire est un multiplicateur, pas un moteur.


Ce qu’il amplifie dépend du contenu du groupe, de ses normes internes, de ce qu’on appelle en psychologie sociale son habitus émotionnel, son ethos, son rapport à l’autorité, au conflit, à l’honneur.


On va démonter phrase par phrase.
1. « réduction des délits via le contrôle social interne » → FAUX DANS CE CONTEXTE


Le contrôle social interne existe partout.
Chez les Siciliens de Palerme comme chez les Albanais de Shkodër.
Chez les Juifs orthodoxes comme chez les Vietnamiens de la diaspora.
Mais les résultats n’ont rien à voir.
Dans une sociologie où la norme dominante valorise :
• la retenue
• la honte
• l’honneur familial par la discrétion
• la discipline
• l’éducation
• la tranquillité publique
→ le contrôle social réduit réellement les délits.
(Exemple : les Vietnamiens, Coréens, Japonais, Chinois mandarins. Travaux de B. T. Nguyen, Inglehart, Fukuyama.)


Mais dans une sociologie où certaines sous-normes valorisent :
• la bravade
• l’opposition à l’État
• le prestige de la transgression
• l’honneur viril par la confrontation
• la déformation postcoloniale du rapport à l’autorité française
• la pression entre pairs
• l’exaltation du « se faire respecter »
→ le contrôle social interne ne diminue pas la délinquance.


Il peut même la renforcer.
C’est ce que montrent :
• Hugues Lagrange (Le déni des cultures)
• Sebastian Roché (De la police en démocratie)
• Azouz Begag (ethnographies sociales, Lyon)
• Mirna Safi (trajectoires et territoires)
Le contrôle social interne dans une certaine sociologie maghrébine ne fonctionne pas comme chez les Asiatiques.


Il est horizontal, entre pairs, parfois contre la loi, parfois contre la norme républicaine.
Ce n’est pas une question morale.
C’est structurel.


2. « ascension économique grâce aux réseaux mutuels » → VARIABLE, PAS UNIVERSEL


Là encore, Tajmaât confond réseau et ascension.
Un réseau peut produire :
• de l’ascension économique (ex : diaspora chinoise de Wenzhou)
• du crime organisé (ex : réseaux albanais, siciliens)
• de l’économie informelle (ex : marchés parallèles)
• de la micro-finance artisanale (ex : tontines africaines)


Donc non, le réseau ne garantit pas l’ascension.
Il amplifie ce qui est déjà culturellement valorisé.
Chez les Asiatiques du Sud-Est, le réseau pousse à l’effort scolaire, au commerce légal, à l’épargne.
Chez les Albanais, le réseau peut pousser à la criminalité organisée.
Chez les Juifs, il peut pousser à l’excellence intellectuelle… ou produire un Madoff.
Chez les Italiens, il peut produire un Enrico Fermi ou une mafia de Naples.
Le réseau est une forme, pas un résultat.


3. « capacité à financer un retour ou un investissement au pays » → OUI, MAIS…


Ce point est vrai dans l’absolu, mais pas dans le sens qu’il croit.
Les Vietnamiens investissent au Vietnam.
Les Chinois investissent en Chine.
Les Turcs investissent en Turquie.
Les Portugais ont toujours renvoyé de l’argent au pays.
Donc oui, le communautaire peut permettre :
→ la remigration individuelle
→ l’investissement au pays d’origine
Mais la sociologie maghrébine n’a jamais, en masse, utilisé ces réseaux pour créer des retours massifs.
Les transferts existent, mais pas dans une logique de « retour ».
Ils servent :
• à la famille restée au bled
• au prestige symbolique
• à la construction immobilière
• à la logique villageoise
• au maintien d’un double ancrage
Mais pas à la remigration.


Et c’est là que se trouve la plus grosse contradiction de Tajmaât :
Il dit :
le communautarisme crée la richesse → la richesse permet le retour → donc le communautarisme est bon.
Mais il dit aussi :
les Maghrébins ont déjà une ascension sociale forte.
Donc, si l’ascension existe déjà :
→ pourquoi personne ne rentre ?
→ pourquoi personne ne finance le retour massif ?
→ pourquoi les réseaux déjà existants n’ont jamais produit ce “retour” qu’il promet ?
Cette contradiction détruit toute sa logique.


4. « transmission culturelle et linguistique renforçant la stabilité identitaire »
Oui, ça aussi c’est vrai… quand l’identité transmise est non antagonique avec la société d’accueil.
Exemple :
• identité portugaise
• identité italienne
• identité vietnamienne
• identité juive séfarade
• identité chinoise
→ elles coexistent avec la France, elles ne se posent pas contre elle.
Mais quand une certaine sociologie transmet :
• le ressentiment postcolonial
• la mémoire blessée
• la revanche symbolique
• la suspicion de l’État
• le rejet de la laïcité
• la politisation religieuse
alors la transmission identitaire ne stabilise pas :
elle radicalise, elle sépare, elle crée des archipels hostiles les uns aux autres. (Fourquet)
Ce n’est pas une question d’origine.
C’est une question de contenu normatif.


5. « protection contre les discriminations par des réseaux internes » → SOUVENT FAUX
La littérature socio-économique est claire :
• les réseaux asiatiques protègent
• les réseaux turcs protègent
• les réseaux juifs protègent
Mais dans une partie de la sociologie maghrébine ou gitane, les réseaux :
• entravent la mobilité
• enferment dans le quartier
• créent de la dépendance
• favorisent les conflits internes
• valorisent des trajectoires peu compatibles avec le marché du travail
• produisent de la compétition virile interne
Encore une fois :
ce n’est pas le réseau.
C’est son contenu.


6. Le mensonge final : “les mécanismes communautaires produisent automatiquement des résultats positifs”
C’est l’erreur fondamentale.
Le communautarisme :
→ peut créer de l’ordre (ex : Japon)
→ peut créer du chaos (ex : mafias albanaises)
→ peut créer du génie (ex : diaspora coréenne)
→ peut créer du crime (ex : triades chinoises)
→ peut créer de la prospérité (ex : Wenzhou)
→ peut créer de la ségrégation (ex : ghettos afro-américains)
Il n’explique rien en soi.
C’est un outil.
Ce qui explique, c’est :
• le rapport à l’autorité
• la structure familiale
• l’éthique interne
• la démographie
• le rapport au religieux
• la mémoire historique
• le ressentiment
• l’honneur
• la politique interne du groupe
• la verticalité ou l’horizontalité des liens
• l’ethos économique
• la gestion de la frustration
• la place de l’homme
• la place de la femme
• la pression entre pairs
• la conflictualité interne
Tajmaât efface tout ça pour fabriquer un récit politique.

Sa phrase est belle, elle sonne bien, elle donne l’illusion de profondeur.
Mais elle est fausse, simpliste, idéologiquement orientée et sociologiquement vide.


ACTE XI

« Cette transmission culturelle et linguistique évite d’ailleurs à certains de se lamenter en permanence sur le “remplacement de leur identité”, tout comme ces réseaux communautaires permettraient à “Nicolas” de cesser de pleurer sur ce qu’il “paye”, puisqu’ils réduisent justement la dépendance aux structures publiques dont il s’imagine éternellement être le financeur exclusif. »


RÉPONSE


Une phrase qui joue sur la posture, pas sur l’analyse.
On va voir pourquoi elle s’effondre en trois étages.
1. Il confond transmission identitaire et pacification identitaire
Tajmaât part du principe que :
si un groupe transmet sa culture, alors il ne se plaint pas.
Mais ce n’est pas du tout ce que montrent :
• Pierre Bourdieu (L’identité n’est jamais stabilisée ; elle est un combat symbolique)
• Rogers Brubaker (Identity isn’t something you have, it’s something you do)
• Ernest Gellner
• Fernand Braudel (qui montre que les identités fortes peuvent être… les plus conflictuelles)
• Anthony Smith (nationalismes ethniques)
La transmission identitaire ne pacifie rien.
Elle peut stabiliser…
ou radicaliser.
Ou créer des demandes politiques nouvelles.
Ou renforcer la frontière symbolique entre “eux” et “nous”.
Ou nourrir une logique de concurrence.


Les exemples historiques abondent :
• Les Serbes transmettaient une identité forte → résultat : fragmentation et conflits balkaniques.


• Les Turcs d’Allemagne transmettent une identité forte → résultat : repli et tensions avec l’État allemand.


• Les Hutus et Tutsis transmettaient des identités très fortes → résultat : explosion génocidaire.


• Les Juifs ultra-orthodoxes transmettent une identité hyper solide → résultat : tensions constantes avec l’État israélien lui-même.


• Les Catalans transmettent leur langue → autonomie, séparatisme, conflit politique.


Donc non, transmettre une langue ne “calme” rien.
C’est un fantasme.


La question n’est jamais :
transmet-on ?
Mais :
QU’EST-CE qu’on transmet ?
Une identité victimaire ou une identité pacificatrice ?
Une identité tournée vers l’ascension ou vers le conflit ?
Une identité qui nourrit le ressentiment ou la reconnaissance ?
Tajmaât refuse de poser cette question.

2. Le passage sur « Nicolas qui pleure ce qu’il paye » : le mensonge sociologique le plus grossier de son texte
Ici, Tajmaât veut faire entendre deux prismes :
• que les Français “se plaignent” de payer pour les autres ;
• qu’un communautarisme maghrébin solide réduirait les dépenses publiques… donc réglerait la plainte.
Il fabrique une causalité imaginaire.
Regardons les faits.


A. Oui, les Français natifs payent plus qu’ils ne reçoivent.
C’est documenté.
Toutes les études de l’OCDE, de l’INSEE, de l’IPP, du CEPII montrent la même chose :
→ les natifs français sont contributeurs nets
→ certaines populations immigrées (pas toutes) sont bénéficiaires nettes
Ce n’est pas un jugement moral.
C’est une réalité comptable.
Donc “Nicolas qui pleure ce qu’il paye” n’est pas un caprice :
c’est un fait.


B. Le communautarisme ne réduit pas les dépenses sociales
Regardons les États où le communautarisme est fort :
• Royaume-Uni
• Belgique
• Pays-Bas
• Canada
• Allemagne
• Suède
• États-Unis
Partout, l’existence de communautés soudées n’a jamais réduit :
→ les dépenses sociales
→ les tensions territoriales
→ les demandes identitaires
→ les coûts de l’assistance
→ les conflits avec l’État
Au contraire :
elle les augmente.
C’est ce qu’expliquent :
• Robert Putnam (Bowling Alone)
• Alesina & Glaeser
• Todd (chocs culturels)
• Richard Sennett
• Éric Kaufmann (Whiteshift)
Pourquoi ?
Parce que plus un groupe construit sa propre norme interne,
plus il développe une relation instrumentale à l’État :
→ on le conteste
→ mais on exige
Le communautarisme renforce les demandes publiques.
Il ne les diminue jamais.


3. Le mensonge final : “si les Maghrébins avaient des réseaux, il n’y aurait pas de plainte sur le remplacement”
C’est là que sa logique devient presque un sketch.
Il suggère que :
• si les Maghrébins sont bien organisés,
• les Blancs n’auraient plus peur d’être remplacés.


C’est l’inverse.
Ce qui nourrit le sentiment de remplacement n’est pas l’absence de réseaux.
C’est la multiplication des réseaux.
Ce que ressent le natif, ce n’est pas :
« Ils s’organisent peu. »
C’est :
« Ils s’organisent beaucoup, et de manière antagonique. »
Le remplacement perçu est lié à :
• la démographie
• la concentration résidentielle
• la territorialisation
• le changement linguistique
• les symboles religieux visibles
• les normes culturelles nouvelles
• les marqueurs d’altérité
• la pression identitaire
• les changements d’école
• les scènes du quotidien
Pas aux réseaux économiques.
Le communautarisme n’apaise pas la perception du remplacement.
Il l’accentue.


C’est ce que montrent :
• Emmanuel Todd (archipélisation)
• Christophe Guilluy (sécession des élites, polarisation)
• Hervé Le Bras (fractures démographiques)
• Rufin (territoires perdus)
• David Goodhart (The Road to Somewhere)
Donc l’idée de Tajmaât est scientifiquement ridicule.

.
4. La vérité empirique : ce passage n’est pas une analyse, c’est une punchline
Ce qu’il écrit n’a pas vocation à être vrai.
Ça a vocation à :
• flatter son camp,
• ridiculiser “Nicolas”,
• présenter les autochtones inquiets comme des enfants qui “pleurent”,
• inverser les responsabilités,
• fabriquer une supériorité morale imaginaire.
C’est ce que Boudon appelait un schéma de justification idéologique :
on produit une explication qui n’explique rien, mais qui protège son identité politique.

Sa phrase est fausse, mais surtout, elle est révélatrice :
elle montre que Tajmaât ne cherche pas à analyser la société,
mais à gagner un duel symbolique.
La sociologie qu’il mobilise est décorative.
Les punchlines remplacent l’analyse.
Le style remplace le terrain.
Le sarcasme remplace la donnée.


ACTE XII

« Il est donc hypocrite et incohérent de célébrer la réussite d’un groupe qui repose sur une forte cohésion communautaire, tout en combattant systématiquement les mêmes mécanismes chez d’autres diasporas. »


RÉPONSE


Cette phrase est l’un des points centraux de la fiction que Tajmaât construit.
Elle paraît logique au premier regard, elle sonne “juste”, elle semble révéler une injustice profonde…
mais dès qu’on l’ouvre en deux, elle se désagrège.


Pourquoi ?
Parce qu’elle repose sur trois confusions majeures :
• elle confond cohésion et contenu normatif
• elle confond communauté et communautarisme
• elle confond réseau et idéologie
Et tout son raisonnement est basé sur ces erreurs.
1. Ce qui est célébré chez les Asiatiques n’est PAS la cohésion : c’est le contenu de la cohésion
C’est le point que la sociologie sérieuse martèle depuis trente ans.
Un groupe peut être :
• très soudé
• très uni
• très structuré
• très discipliné
• très communautaire
et produire des effets diamétralement opposés selon la norme qu’il transmet.
Ce que les chercheurs comme Francis Fukuyama, Putnam, Inglehart, Kwak, ou encore Chua appellent l’ethos moral interne.


Par exemple :
• Les Vietnamiens : ethos éducatif, éthique du travail, respect de l’ordre, faible conflictualité, rapport apaisé à l’État.
• Les Chinois mandarins : discipline, épargne, discrétion, verticalité familiale, rapport faible à l’émeute.
• Les Coréens : pression scolaire extrême, respect hiérarchique, quasi absence de délinquance violente.
Donc ce que la société “célèbre” chez eux, ce n’est pas la cohésion.
C’est la qualité de la cohésion.
Le contenu.
L’orientation normative.
L’éthique interne.


Ce que Tajmaât ne comprend pas — ou ne veut pas comprendre — c’est que toute cohésion n’est pas forcément bonne par essence.

2. Le communautarisme n’est pas neutre : il peut stabiliser ou déstabiliser
Tajmaât fait comme si :
communautaire = positif quand on le laisse se développer
C’est faux.
Les travaux d’Alesina et Glaeser (Why Welfare States Differ) montrent qu’un communautarisme fort :
• peut nourrir du séparatisme
• peut renforcer les tensions ethniques
• peut s’opposer à la loi commune
• peut générer des conflits d’autorité
• peut alimenter un marché parallèle
• peut créer une norme interne incompatible avec la norme nationale
Mais là encore, tout dépend du contenu.
Le communautarisme asiatique :
→ moral confucéen
→ discipline verticale
→ éthique de la réussite éducative
→ absence d’idéologie religieuse antagonique
→ absence de revendication politique identitaire
→ rapport apaisé à l’État
→ absence de logique de territoire
→ pas de concurrence normative avec la République


Le communautarisme de certaines fractions de la sociologie maghrébine :
→ charge religieuse normative
→ vision politique transnationale (Oumma, postcolonialisme)
→ relation instrumentale à la nation
→ revendications identitaires permanentes
→ logique territoriale et de bloc
→ rapport conflictuel à l’autorité
→ verticalité morale religieuse concurrente
→ surpolitisation des symboles (laïcité, école, police)


Les deux ne jouent pas le même rôle social.
Donc dire “on célèbre la cohésion des uns, mais pas celle des autres”
→ c’est évacuer complètement la dimension la plus importante : la tension normative produite par la cohésion.


3. Dans la vraie vie, personne ne combat “la solidarité” : on combat la contre-société
C’est là que l’erreur de Tajmaât devient visible.
Il veut faire croire que les Maghrébins seraient empêchés de :
• s’entraider
• créer des commerces
• tisser des réseaux
• transmettre leur culture
• financer des structures internes
Mais tout cela existe déjà.
Massivement.
Partout.
Quiconque a marché dans n’importe quelle ville française le voit.
Ce qui est surveillé, ce n’est pas la solidarité.
C’est encore une fois la contre-norme.



4. La “réussite asiatique” n’est pas célébrée parce qu’elle est communautaire mais parce qu’elle n’est pas conflictuelle
Et c’est là tout le cœur du malentendu.
On ne célèbre pas les Asiatiques pour leur réseau.
On les célèbre pour la manière dont ils vivent ce réseau.
C’est exactement ce que Fernand Braudel appelait :
« Les formes de la longue durée qui structurent la paix sociale. »
Le réseau asiatique :
→ est silencieux
→ ne produit pas de tension symbolique
→ ne revendique pas
→ n’impose pas
→ ne conteste pas
→ n’entre pas dans les institutions pour les subvertir
→ ne demande pas de droits particuliers
→ ne crée pas de batailles culturelles
→ ne produit pas de conflit territorial
→ ne rivalise pas avec la norme de l’État
→ ne se vit pas comme une revanche historique
Ce n’est pas la cohésion.
C’est la pacification interne.
Tajmaât supprime ce détail essentiel, car il détruit sa thèse.


5. La symétrie morale est une illusion : les groupes ne produisent pas les mêmes effets sociaux
Ce que Tajmaât défend ici, c’est une symétrie imaginaire.
Il affirme :
« Si les Asiatiques ont le droit d’être soudés, nous aussi. »
Mais les effets sociaux ne sont pas symétriques.
La cohésion :
• des Mennonites
• des Jains
• des Parsis
• des Vietnamiens
→ stabilise.


La cohésion :
• des clans albanais
• de certaines fractions musulmanes politisées
• des clans tchétchènes
→ déstabilise.


L’État n’est pas idiot.
Il observe.
Il distingue.
Il catégorise, comme toute institution moderne confrontée à des réalités différentes.
Ce n’est pas de l’hypocrisie.
C’est du réalisme.
La sociologie n’est pas une cour d’école.
On ne dit pas “eux ont le droit, pourquoi pas nous ?”.
On regarde ce que produit un groupe lorsqu’il se renforce.
Et on agit en conséquence.
C’est ce que font tous les États du monde.


ACTE XIII

« De plus, contrairement aux narratifs négatifs, à autre titre d’exemple, les Maghrébins connaissent eux aussi une ascension sociale importante, simplement moins médiatisée.

L’INSEE le démontre, ils figurent parmi les plus diplômés, accèdent massivement aux études supérieures et sont surreprésentés dans les professions intermédiaires et supérieures. »


RÉPONSE…


Ce passage est révélateur parce qu’il condense toute la confusion méthodologique de Tajmaât.
Il manipule une réalité, il en efface une autre, il mélange deux dynamiques incompatibles, puis il les présente comme la preuve d’un même phénomène.
C’est un raisonnement circulaire — ce que les logiciens appellent une pétition de principe.


On démonte.


1. Quand il dit “les Maghrébins sont parmi les plus diplômés”, il ment par omission
Oui, une fraction des personnes d’origine maghrébine possède des niveaux de diplôme très élevés.
Mais ce n’est pas “les Maghrébins”.
Toutes les études sérieuses montrent une polarisation extrême :
→ une élite scolaire brillante
→ une base socio-économique très en difficulté
→ un ventre médian fragile
C’est ce que l’INSEE, l’INED, le CEPII observent depuis vingt ans.
C’est une distribution en pince, jamais une réussite homogène.


2. L’élite maghrébine existe, mais elle n’est pas produite par un “communautarisme maghrébin”
C’est là que son argument craque.
Les ingénieurs, les médecins, les avocats, les cadres…
ceux qui montent réellement dans l’ascenseur social :
→ sortent du quartier
→ sortent de la norme des pairs
→ adoptent des comportements français majoritaires
→ réussissent dans l’école publique
→ rompent avec la pression communautaire locale
→ intègrent des espaces de forte compétition méritocratique
→ se structurent individuellement, pas communément
L’ascension n’est pas le produit du communautaire.
Elle est le produit de :
• la méritocratie ( Même si la méritocrarie existe partiellement à mes yeux )
• la verticalité scolaire
• la rupture individuelle
• la mobilité géographique
• la discipline interne familiale
• parfois même d’un divorce culturel avec la norme du groupe
Donc Tajmaât attribue à “la communauté” ce que l’individu a construit.


3. L’ascension coexiste avec une délinquance massivement élevée — ce qu’il efface
Jamais Tajmaât ne mentionne que les statistiques pénales officielles montrent une surreprésentation écrasante, en particulier chez les jeunes hommes, dans :
→ les agressions
→ les violences en bande
→ les coups et blessures
→ les attaques au couteau
→ les vols avec violence
→ les guets-apens
→ les émeutes
→ les homicides en groupe
L’élite existe, oui.
Mais elle n’efface pas ce que produit la base.
C’est exactement ce que Richard Reeves appelle un groupe dual, à double vitesse.


4. L’INSEE dit l’inverse de ce qu’il suggère
L’INSEE montre :
• un taux de décrochage plus élevé
• moins de diplômes intermédiaires utiles
• des filières universitaires moins rentables
Donc son emballage est séduisant, mais trompeur.


5. L’élite maghrébine n’est pas une preuve : c’est un écran
C’est ce que disait Sayad :
« L’élite d’une diaspora ne dit jamais la vérité sur la diaspora. »
Tajmaât utilise l’élite comme un bouclier narratif :
→ pour cacher les tensions réelles
→ pour masquer la violence horizontale
→ pour dissimuler les conflits normatifs
→ pour évacuer les problèmes structurels
→ pour fabriquer un prestige imaginaire
C’est du storytelling.


6. Et voici LA CONTRADICTION CENTRALE QUI DÉTRUIT SON RAISONNEMENT

Tajmaât affirme deux choses incompatibles :
• D’un côté, il dit que
le communautarisme est la clé de l’ascension financière.


Selon lui :
→ solidarité
→ mise en commun
→ réseaux
→ cohésion
→ voilà ce qui produit la réussite économique.


• De l’autre, il affirme que
les Maghrébins sont déjà parmi les plus diplômés et présents dans les professions supérieures.


Donc selon lui :
→ il n’y a PAS de communautarisme (puisque “on les empêche de s’organiser”)
→ mais il y a QUAND MÊME une élite qui monte.
Et là…
son raisonnement s’effondre.


Parce que s’il a raison sur l’ascension :
→ cela prouve que l’ascension maghrébine NE DÉPEND PAS du communautarisme.
Il vient de détruire sa propre thèse.
S’il faut du communautarisme pour créer de la réussite,
alors comment expliquer l’existence d’une bourgeoisie maghrébine
sans communautarisme,
puisque selon lui “on empêche les Maghrébins de se structurer” ?


Cela crée trois incohérences :
Incohérence 1 :
Si le communautaire est nécessaire pour s’élever,
alors l’élévation actuelle prouve que le communautaire existe déjà.
Or il dit l’inverse.
Incohérence 2 :
Si les Maghrébins montent sans communautaire,
cela prouve que le communautaire n’est pas nécessaire.
Donc son plaidoyer tombe.
Incohérence 3 :
On ne peut pas dire :
→ on nous empêche d’être communautaires
→ donc on ne peut pas réussir
→ pourtant nous réussissons
→ donc laissez-nous faire plus de communautaire pour réussir davantage
C’est un paradoxe logique.
Un cercle auto-contradictoire.

Ce passage nous permet d’exposer sa mécanique :
• il ment sur les faits
• il fabrique une causalité imaginaire
• il inverse les résultats
• il utilise l’élite comme alibi
• il construit un grief (on nous empêche) contredit par son propre exemple (nous montons)
Son raisonnement est auto-dissolvant.


ACTE XIV

« Le traitement réservé aux écoles privées musulmanes démontre parfaitement cette logique, elles affichent des taux de réussite largement supérieurs aux autres établissements, pourtant elles font l’objet d’une hostilité politique constante, à tel point qu’une représentante de l’État s’est inquiétée qu’elles “produisent des élèves qui auront les manettes du pouvoir et de bonnes situations.” »


RÉPONSE…



1. Oui, certaines écoles privées musulmanes ont de bons résultats… mais ce n’est pas du tout ce qu’il croit
Le fait que certains établissements musulmans affichent des taux de réussite élevés est incontestable.
Mais ce que Tajmaât oublie, c’est que :
→ les écoles privées musulmanes ne sont pas un bloc homogène
→ certaines sont très bonnes
→ certaines sont catastrophiques
→ certaines ont été fermées non pour idéologie mais pour fraude, amateurisme, problèmes de sécurité, insuffisance pédagogique


Ce que les chercheurs en éducation appellent une hétérogénéité structurelle (Valérie Becquet, Agnès van Zanten).


Il transforme des cas ponctuels en tendance nationale.


2. Il cache complètement les raisons des fermetures ou des “hostilités politiques”
Et ces raisons n’ont rien à voir avec un fantasme anti-musulman.
Elles relèvent principalement de :
• non-respect des programmes nationaux
• absence d’enseignants diplômés
• confusion entre instruction et catéchèse religieuse
• enseignement de normes contraires aux programmes officiels
• opacité financière
• problèmes de sécurité des locaux
• pressions communautaires internes
• absence de contrôle interne
• dérives idéologiques documentées (rapports DGESCO, 2018-2022)
Ce n’est pas un soupçon.
Ce sont des constats d’inspection.
Mais Tajmaât supprime tout cela — parce que cela fait exploser sa narration victimaire.


3. Il confond “hostilité politique” et “contrôle normatif”
Ce qu’il appelle “hostilité”, c’est en réalité la fonction normale de l’État moderne :
vérifier que tous les établissements du pays — publics ou privés — respectent la loi commune.

L’État ne combat pas “l’école musulmane”.
Il combat l’école idéologique, quelle qu’elle soit.


4. Et surtout : Tajmaât cache la raison principale des tensions — la question normative

Le problème n’est pas l’origine des élèves.
Le problème n’est pas la langue.
Le problème n’est pas la famille.
Le problème n’est pas l’entraide.
Le problème, c’est une minorité — mais une minorité réelle — d’écoles musulmanes hors-contrat qui transmettent des paradigmes problèmatiques.Des écoles qui ont d’excellents résultats matériels… mais qui transmettent une contre-culture normative.


• les rapports de la DGESCO (ministère)
• les enquêtes CNESCO
• les inspections générales témoignent de cela.


5. La phrase de la représentante de l’État — il la sort sans contexte

Parce que cette technique rhétorique, elle est connue : l’extraction intentionnelle.
Il cite :
“elles produiront des élèves qui auront les manettes du pouvoir”
Pris isolément, ça ressemble à un affront gratuit.


Mais replacée dans son contexte réel, cette phrase signifie :
→ “nous devons nous assurer que ces établissements respectent la norme républicaine, car ils forment les futurs cadres de la Nation.”
C’est l’inverse de ce qu’il prétend.
Ce n’était pas une peur raciale.
C’était une exigence institutionnelle :
si vos élèves doivent devenir cadres, alors vous devez respecter les normes scolaires de la République.


Tajmaât inverse le sens.
Il prend une phrase sur la responsabilité
et il en fait une phrase sur la peur.
C’est de la manipulation.


ACTE XV

« En résumé, vous vous plaignez d’un manque d’intégration tout en refusant les conditions nécessaires à l’intégration. Vous dénoncez les dérives tout en détruisant les structures communautaires qui pourraient justement les empêcher. Vous vous indignez de l’immigration illégale alors que la destruction de la Libye, sous Sarkozy, a ouvert l’une des principales routes migratoires actuelles. »


RÉPONSE..


Ce passage est la synthèse parfaite de ce que j’appellerais le syndrome Tajmaât :
une manière de coller quatre idées qui n’ont aucun lien, de les ficeler ensemble, et d’en faire une sentence pseudo-révolutionnaire.
On va démonter chaque phrase, parce qu’elles sont toutes fausses — mais pas pour les raisons évidentes.
Elles sont fausses parce qu’elles sont construites pour échapper à la causalité.


1. « Vous vous plaignez d’un manque d’intégration tout en refusant les conditions nécessaires à l’intégration »
C’est un classique.
Il inverse le rapport entre :
• l’intégration (qui est un processus interne au groupe)
et
• les conditions de l’intégration (qui sont offertes par l’État).
Or, sociologiquement, toutes les études sur les trajectoires migratoires montrent la même chose :
→ l’intégration n’est pas déterminée par “les conditions offertes”
→ elle est déterminée par la norme du groupe face à l’État d’accueil
On le sait grâce à :
• Rogers Brubaker
• Dominique Schnapper
• Gellner
• Todd
• Hannerz
• Lagrange
• Portes & Zhou
• Sayad
Ce qui détermine l’intégration, ce n’est PAS :
« est-ce qu’on vous laisse être communautaires ? »
C’est :
quelle est votre norme interne ?
Quel est votre rapport à l’autorité ?
Quel est votre rapport au pays d’accueil ?
Quel est votre rapport à la frustration, à la loi, à la reconnaissance ?
Ce sont là les vraies variables.


Or, une certaine sociologie maghrébine — pas “les Maghrébins”, mais une sociologie identifiable — a construit depuis quarante ans :
• un rapport conflictuel au récit national
• une lecture postcoloniale opposée à la France
• une socialisation masculine centrée sur la confrontation
• une culture du ressentiment symbolique
• une intériorisation des blessures réelles ou imaginées
• une logique de concurrence identitaire
• un rejet structurel de l’autorité française
• une territorialité horizontale (le quartier comme principe)


Ce n’est pas une question de conditions offertes.
Les mêmes conditions ont été offertes aux Portugais, aux Italiens, aux Espagnols, aux Cambodgiens, aux Vietnamiens, aux Tamouls, aux Sri-Lankais.
Le résultat n’a rien à voir.


2. « Vous détruisez les structures communautaires qui pourraient justement empêcher les dérives »
C’est un mensonge, mais surtout une inversion de cause.
Parce que ce ne sont pas les structures communautaires maghrébines qui empêchent les dérives.
Ce sont les structures familiales, les structures symboliques, les normes du groupe, la verticalité morale.
Et là, la sociologie est unanime :
→ dans certaines familles maghrébines, le père a disparu du foyer
→ la pression des pairs domine la pression familiale
→ la norme du quartier remplace la norme de la maison
→ la loi du groupe prime sur la loi de l’État
→ la virilité remplace la verticalité morale
→ la religion est identitaire avant d’être spirituelle


Les structures communautaires n’empêchent pas les dérives.
Elles les organisent parfois.
Ou elles les excusent.
Ou elles les rationalisent.
Ou elles les maquillent en “réaction”.
Il n’existe aucune étude — absolument aucune — démontrant que :
→ “étendre le communautarisme maghrébin”
a diminué la délinquance.
Par contre, on sait que l’expansion du communautarisme :
• rigidifie l’identité
• augmente la conflictualité
• renforce la pression normative
• exacerbe le rapport ethnique
• produit de la compétition inter-groupes
• nourrit le ressentiment

Donc son idée d’“entité maghrébine qui se structure pour réduire les dérives”
→ ne repose sur rien d’autre qu’une vue de l’esprit.


3. « Vous vous indignez de l’immigration illégale alors que la destruction de la Libye, sous Sarkozy, a ouvert les routes migratoires »
Alors là…
on touche le sommet du sophisme.
Il mélange deux réalités sans aucun rapport.
On va remettre les choses en place.
**A. Oui, la destruction de la Libye a aggravé les flux.
Mais non, elle n’a pas créé l’immigration africaine.
Les flux migratoires :
→ existaient avant
→ passeront après
→ ne dépendent pas de la Libye uniquement
→ sont liés à la démographie africaine (ONU, UNDESA)
→ sont liés aux différentiels économiques massifs
→ sont liés aux réseaux diasporiques
→ sont liés aux filières criminelles
→ sont liés aux États faillis du Sahel
→ sont liés aux guerres internes africaines
→ sont liés aux trafics transsahariens vieux de 600 ans
→ sont liés à la géographie (Maghreb = hub naturel)
Mettre toute la responsabilité sur Sarkozy est une absurdité géopolitique.


B. Les flux migratoires vers la France ne passent quasiment pas par la route libyenne.
La route libyenne alimente principalement :
→ l’Italie
→ Malte
→ le sud de l’Europe
Pas la France.
La route principale vers la France :
→ la route algéro-marocaine
→ la route sahélienne
→ la route canarienne
→ les hubs marocains et algériens
→ Paris > Bruxelles > Calais
Tajmaât résume le phénomène à une caricature.


C. Et surtout : les partis politiques proches de lui ont TOUS soutenu l’intervention libyenne.
C’est là que son argument meurt.
En 2011 :
→ PS : POUR
→ EELV : POUR
→ UMP : POUR
→ MODEM : POUR
→ extrême gauche : POUR
→ journaux de gauche : POUR
→ Mélenchon : POUR
La seule à avoir dit NON :
Marine Le Pen.

D’ailleurs, je relate ce moment dans l’un de mes livres, Déconstruire Mélenchon, publié en 2022.

où j’ai écrit…

 »


Donc Tajmaât reproche aux “identitaires”
une guerre que le camp d’en face a soutenue à 95 %.
C’est une incohérence majeure, mais révélatrice :
il projette la faute là où elle l’arrange.


Il décrit un récit.
Un décor.
Un alibi mental.
Son texte n’est pas une analyse.
C’est une évasion.

Conclusion

Je ne connais pas ce Tajmaât. Et sincèrement, je ne pense pas que ce type se réveille chaque matin en se disant que son but est de tromper, de manipuler ou de nuire. Je crois même qu’il est probablement habité par une certaine forme de sincérité. Ce n’est pas là que se situe le problème. Le propre des idéologies, c’est précisément que ceux qui en sont porteurs ne s’en rendent jamais compte. L’idéologie fonctionne toujours de l’intérieur, en se donnant l’apparence du bon sens, de la justice, du réflexe moral.

Je ne dis pas non plus qu’il n’existe aucun problème dans d’autres communautés. Il y a des tensions réelles avec les franco-israéliens, Je l’ai déjà expliqué dans mon article sur Meyer Habib, où je dénonce frontalement certaines dérives. ( ici )

Il y en a avec d’autres groupes encore, et je n’ai aucun mal à le reconnaître ou à le dénoncer. Je n’ai jamais eu de difficulté à nommer, à constater, à analyser les tensions et les dérives d’autres groupes. Je l’ai fait, et je le referai si nécessaire. Mais ici, le sujet ne concerne ni les juifs, ni les Subsahariens, ni aucun autre groupe. Ici, le sujet porte sur la rhétorique spécifique d’un acteur maghrébin parlant au nom des Maghrébins, ainsi que sur le contexte asiatique. Je traite le sujet dans son cadre logique, rien de plus et rien de moins. Le sujet, c’est la méthodologie. C’est la capacité, ou l’incapacité, à mobiliser l’ensemble des facteurs, endogènes et exogènes, internes et externes, pour avoir une vision réellement holistique du réel.

Et j’irai même plus loin… J’aurais aimé que la vision de Tajmaât soit vraie. Pas pour les arguments qu’il développe, qui sont faux, bancals, étirés, mais pour un aspect très précis de son propos. Lorsqu’il évoque, à demi-mot, l’idée que le communautarisme pourrait mener à une forme de remigration, est une tonalité, qui, moi, m’intéresse. Parce que, dans ma conception du monde, dans mon intime conviction, dans ma lecture du devenir de la France, une société multi-ethnique et multiculturelle poussée jusqu’au seuil critique ne peut amener malheureusement qu’au déclin à long terme.

Je crois donc à la nécessité d’une remigration partielle, pragmatique, intelligente. Une remigration qui se construit par les récits individuels, par les trajectoires personnelles, par l’équilibre des dynamiques internes, mais aussi par des mécanismes plus structurels, des leviers durkheimiens. Toute idéologie, toute méthodologie, toute conception politique qui peut, directement ou indirectement, aller dans le sens d’une remigration permettant à la France de retrouver un visage majoritaire autochtone, tout en préservant des minorités visibles, me semble légitime. Je ne crois pas à l’assimilation massive. Je ne crois pas aux fantasmes d’un grand mélange harmonieux. Mais je crois qu’une assimilation minoritaire, qualitative, individuelle, est possible pour ceux qui le désirent réellement et qui en ont la structure intérieure. Penser cela d’une manière générale est totalement anachronique. On n’est plus à l’époque de Balavoine, du papier peint orange clair dégueulasse, des meufs aux collants flashy et du Snickers prime.

Donc oui, je suis autant attaché à la biodiversité humaine qu’à la biodiversité animale. Je suis ethno-différentialiste et je l’assume, je le célèbre. C’est pour cela que la solution réside dans cet équilibre entre remigration et assimilation d’individus, et non de masses. Même si, hiérarchiquement, il faut investir avant tout dans l’équation remigration.

Donc oui, j’aurais aimé que ce qu’il dit soit vrai, au moins sur ce point précis. J’aurais aimé que ce mécanisme communautaire qu’il fantasme existe réellement et qu’il produise effectivement une dynamique de retour. Mais ce n’est pas le cas. Ce qu’il propose n’est pas une théorie, ni même un début de piste. C’est un sophisme. Une construction rhétorique. Un bricolage idéologique destiné à masquer les contradictions internes de son propre récit. Et c’est précisément pour cela qu’il fallait déconstruire.

PS. Et qu’on ne se méprenne pas. Quand je parle de remigration, je ne parle pas uniquement de la sociologie maghrébine ou subsaharienne. Je parle aussi, bien entendu, des autres communautés, y compris asiatiques. C’est cela que beaucoup ne saisissent pas dans la substance réelle de ma pensée. Le critère n’est pas la moraline, ce n’est pas une punition, ce n’est pas une réaction épidermique à la délinquance ou au désordre. Le critère est conceptuel. Même une communauté qui ne nuit pas, même une communauté qui ne pose aucun problème sécuritaire ou comportemental, même une communauté disciplinée, studieuse, silencieuse, transforme malgré elle le visage majoritaire d’un pays, son architecture démographique, son rythme symbolique, sa continuité culturelle. Certes, encore une fois, des minorités peuvent parfaitement s’assimiler, individuellement, qualitativement, et je n’ai jamais dit l’inverse. Mais cela n’annule pas cette vérité fondamentale que les gens refusent de regarder en face : l’addition, même pacifique, même brillante, même irréprochable, de groupes allogènes finit toujours par modifier la structure intime d’un peuple, son équilibre anthropologique, sa mémoire longue, et ce que Renan appelait la strate profonde des héritages partagés. C’est pour cela que ma position ne repose pas seulement sur le registre moral, mais sur une vision structurelle du devenir des nations. Une nation n’est pas qu’un espace de cohabitation, c’est une continuité organique. Et je défends cette continuité.

Tout est une question de nombres,

Tout est une question de nombres.

Aussi,

la colonne vertébrale de son discours, celui de Tajmaât et des gens comme lui, le sous-texte permanent, c’est l’idée que la France serait un pays raciste, peuplé d’un peuple raciste, et que ce racisme structurel serait la cause des difficultés vécues par certains groupes. Eh bien moi, je vais plus loin que lui, à l’exact opposé. Je pense sincèrement, profondément, que c’est justement parce que la France n’est pas assez raciste que les Français autochtones sont devenus les premières victimes des agressions sur leur propre territoire. Je répète parce que tout repose là-dessus : c’est parce que les Français ne sont pas assez racistes, parce qu’ils ne fonctionnent pas selon une logique d’exclusion identitaire dure, que les agressions dont ils sont victimes se produisent à une telle fréquence.

Est-ce que cela veut dire que je souhaite voir la France devenir raciste ? Non. Est-ce que je souhaite que les Français deviennent racistes ? Non. Le but de cette phrase n’est pas un appel, mais une provocation intellectuelle destinée à révéler un point aveugle : si l’on appliquait seulement un dixième de ce que certains descendants de l’immigration font subir quotidiennement à la population autochtone française, mais à Jakarta, à Moscou, à Casablanca, à Bamako, à Tokyo ou à Pékin, tout serait réglé en quelques minutes et malheureusement dans les larmes. Et c’est précisément ce que des gens comme moi veulent éviter. Nous cherchons justement à éviter que la France ne bascule dans la logique de représailles qu’on retrouve ailleurs.

Ce que je tente d’expliquer depuis des années, c’est qu’il existe en France une patience autochtone absolument exceptionnelle. Une patience que beaucoup prennent pour de la faiblesse, alors qu’elle est la dernière barrière avant des fractures irréparables. Cette patience ne durera pas éternellement. Les Français se radicalisent déjà, mécaniquement, parce que le réel finit toujours par se venger des récits. Et c’est précisément pour profiter de cette fenêtre fragile, de cette opportunité transitionnelle, qu’il faut penser des solutions pragmatiques, intelligentes et réalistes.

Et non se contenter de vues d’esprit…