Elon Musk : Explorateur ou Profanateur ?

Récemment, une image a fait le tour des réseaux sociaux : le voilà, effectuant un geste romain que certains ont rapidement qualifié de nazi. Non loin de là, une autre image, tout aussi frappante : Musk aux côtés de Barron Trump, le fils du président américain.

Deux silhouettes, deux postures…

L’une, excentrique et bruyante, toujours en mouvement, incarnant l’énergie brute et l’imprévisibilité.

L’autre, presque fantomatique, intériorisée, mais portant dans son silence un poids symbolique. Cette juxtaposition soulève des questions, non seulement sur Musk lui-même, mais sur ce qu’il représente dans notre époque…

Mais au-delà de ces images, que raconte Elon Musk…

Je tiens à préciser d’emblée que ce texte n’a pas pour vocation de plonger dans les arcanes de la politique ou de décortiquer les manœuvres officieuses qui entourent ce personnage. Ces aspects ont déjà été traités, disséqués, et documentés par d’autres, souvent avec brio. Ce qui m’intéresse ici, c’est autre chose : une dimension plus profonde, presque intangible. Celle du symbole. Celle de l’impact cognitif et des résonances que celui-ci provoque dans la psyché collective.

Il faut prendre en compte le paradigme symbolique qu’il porte…

À mes yeux, Musk incarne une figure historique bien spécifique. Il est l’héritier d’une lignée qui, à travers les siècles, a façonné le monde tel que nous le connaissons.

Jadis, ces hommes traversaient les océans, cartographiaient l’inconnu, conquéraient des territoires. Aujourd’hui, ils envoient des fusées dans l’espace, révolutionnent l’énergie électrique ou rêvent d’établir des colonies sur Mars.

La démarche reste fondamentalement la même : repousser les limites, bousculer l’ordre établi, imposer une vision.

Mais ce qui fascine réellement chez Elon Musk, bien au-delà de ses gestes provocateurs ou de ses postures sciemment étudiées, c’est sa capacité à polariser, à cliver, à provoquer autant d’admiration que de rejet. Ce n’est pas seulement un homme d’affaires en série ; c’est une figure d’une époque qui refuse de céder à ses propres complexes. À travers ses projets démesurés, il réveille quelque chose de profond, de viscéral, chez ceux qui le regardent.

Il incarne l’explorateur moderne, cette figure qui jadis portait des noms comme Vasco de Gama ou James Cook, mais qui aujourd’hui semble orpheline d’un monde en quête de repères.

Musk réactive cette veine historique avec une singularité presque provocatrice :

Il est l’homme blanc qui refuse de s’excuser !

L’explorateur blanc qui refuse de finir comme un Mozart assassiné !


Pourtant, à notre époque, cette figure de l’explorateur est devenue taboue. La repentance occidentale, nourrie par une critique légitime mais parfois démesurée du colonialisme et du patriarcat, a engendré une auto-flagellation collective. L’homme blanc, autrefois glorifié pour sa capacité à conquérir et à innover, est aujourd’hui réduit à un archétype décrié.

Et c’est précisément là que Musk détonne…

Ce bougre incarne l’énergie brute de ceux qui, dans l’Histoire, ont façonné notre réalité. Le fort, comme il le démontre, n’a pas à s’excuser d’être fort. Et dans une société où tout semble calibré pour éviter de froisser les sensibilités, il rappelle que l’audace et l’excès sont souvent les moteurs du changement.

Mais attention, lisez bien mes propos : il ne s’agit pas de l’idéaliser. Nous sommes en France, Musk voit ses intérêts américains avec Trump, et cela est tout à fait logique. Ainsi, je le trouve aussi, à titre personnel, très instable intellectuellement. Il a son flot de défauts, mais là n’est pas le sujet. Bien entendu, il faut raison garder. C’est un radical de la souveraineté qui vous écrit : je suis pour la souveraineté des peuples. Donc logiquement, Musk, bien qu’il reste un Occidental, un Européen de souche, demeure un Américain qui ne verrait que ses intérêts américains.

Mais je vois la chose d’une manière beaucoup plus large, je transcende ces contingences-là pour embrasser une vue cognitive que j’essaie ici de décrire. Et d’ailleurs, à titre cosmétique, il me fait quand même marrer, disons-le, le gars s’en bat les klawis…

Enfin bref, je disais…

Historiquement, ce type d’homme, que l’on pourrait appeler l’explorateur blanc moderne, a façonné le monde. Bien sûr, le récit ne peut être manichéen : il y a eu des conquêtes sanglantes, des exactions, des erreurs terribles. Mais il est tout aussi indéniable que ces figures ont permis des avancées majeures, qu’il s’agisse de l’industrialisation, des progrès médicaux, ou de l’essor des infrastructures modernes.

D’ailleurs, à titre personnel, je ne fais pas partie de ceux qui s’opposent à l’aventure humaine, à l’intelligence artificielle ou au progrès de l’homme. Souvent, avec des camarades, nous ne sommes pas d’accord là-dessus, car ils restent dans une forme de conservatisme poussiéreux. Pour eux, toute tentative de repenser, de recréer les modulations du monde, est une hérésie. Or, moi, je suis plus dans ce que j’ai appelé dans mon premier ouvrage : un conservatisme non figé.

Joseph Schumpeter, avec son idée de « destruction créatrice », me parle bien plus qu’un Alasdair MacIntyre. Cette tension entre innovation et préservation est au cœur de ce que je perçois dans la figure de Musk.

Et aujourd’hui, grâce à ses initiatives, l’humanité se donne le droit de rêver encore, de traîner, d’espérer, de songer, de méditer, de flâner, de se projeter.

Ses projets sont parfois qualifiés de fous, mais ils rappellent que l’utopie, aussi improbable soit-elle, est une force motrice. Mars devient la nouvelle frontière, et Musk, le nouveau pionnier.

Mais au-delà de cette polémique, le mec rappelle une vérité fondamentale : l’audace n’est pas un crime. Le progrès ne naît pas de la médiocrité ou de l’uniformité, mais de l’individualisme assumé, de la vision portée à son paroxysme.

Ainsi, je vois bien plus qu’un entrepreneur. Je vois une figure qui, consciemment ou non, ravive une mémoire collective. Celle d’un homme qui refuse la contrition permanente, qui assume son ambition sans détour, et qui, en cela, incarne une part de ce que fut l’Histoire : brutale, imparfaite, mais indéniablement audacieuse.


Dans un monde où l’on tente de tout collectiviser, il est un rappel brutal : les grands changements naissent d’esprits singuliers. Il est une anomalie, une dissonance, mais c’est précisément cette dissonance qui donne un sens à son époque.
Il incarne une rupture avec cette logique de culpabilisation.

Il est décomplexé. Décomplexé d’être audacieux. Décomplexé de rêver grand. Décomplexé d’incarner ce que beaucoup considèrent comme une figure dépassée : celle d’un homme qui ne s’excuse pas de vouloir conquérir !

Ézékiel Jaad,
22 Janvier 2025