Pour un Permis de Procréation ?

Semences
C’est en les contemplant, ces assemblages d’êtres, ces familles enchevêtrées, ces couples et leurs enfants, la misère des instructions, la façon dont tant d’entre eux les élèvent, les traitent, que mon regard s’est affûté. Ces couples et leur descendance, véritable tissage de vies entremêlées dans l’indigence des éducations bâclées, tracées aux pieds par l’indifférence crasse.
Que ce soient des connaissances ou des inconnus, des visages familiers ou lointains, je les voyais malgré moi, ces êtres trop manifestes dans nos rues, étouffants d’omniprésence.
Voir des individus engendrer une telle descendance avec tant de désinvolture, motivée par des raisons aussi pitoyables que variées : pour certains, ces allocations, cette manne tombée du ciel, remplissant leurs poches pourtant crevées par la nonchalance, pour d’autres, la quête de reconnaissance sociale, cette parade grotesque d’enfants-trophées exhibés sur Instagram, comme des marionnettes sacrifiées sur l’autel de la compétition illusoire de la « vie de famille réussie », s’inscrire dans la religion du paraître pour incarner un bonheur de façade sous l’œil acéré des foules avides de performances, du pouce Gladiator de l’arène.
Une ribambelle d’enfants engendrée par une ribambelle de parents irresponsables et crétins. Une ribambelle de gosses engendrés par une ribambelle de trous du cul !
Mais ce n’était que la simple observation, sans la chair des desseins, une qualification un peu brute qui n’allait pas au-delà.
Puis vint ce jour où… L’idée jaillit, telle une révélation émergeant de mon esprit tourmenté. Là, j’étais assis sur un banc dans l’enceinte d’un centre commercial, attendant un ami. Mon regard se posa sur un couple d’anarchistes…
Un homme aux traits tirés, vêtu de loques, aux gestes maladroits, portant un mioche comme un sac de patates tout en proférant des insanités d’une voix éraillée par l’alcool et la cigarette, une femme tout aussi éreintée , tirant sur un joint, une poussette à leurs côtés, dans un état lamentable, laissant échapper un silence glacial. Un gamin de quatre ans pleurait près d’eux, sous l’indifférence des deux puants, et pour finir, le quatrième, un adolescent d’environ 14 ans, traînait les pieds derrière eux, le regard baissé.
Une scène parmi tant d’autres, une énième dans la liste, qui transcende les ethnies et les classes sociales, de la famille blanche débraillée, de la famille africaine noire grouillant de marmots, de la famille maghrébine éclatée sous le tumulte et le fracas. Et pourtant, ce jour-là, il a fallu cette famille, ce cas, cette représentation. Comme celle de trop, celle qui vient sonner l’alarme. Je ne pouvais deviner leur histoire dans son intégralité, mais cette scène a éveillé en moi une idée qui, depuis un moment, me trottait dans la tête, que j’avais du mal à conceptualiser véritablement, que je peinais à saisir pleinement, mais dont les premiers échos avaient déjà résonné au fond de mon être.
Et soudain, cela m’est apparu comme une évidence, c’était donc ça, ce qui pouvait être une potentielle solution, bon sang, c’était tellement simple et évident !
Un permis de procréation !!
Oui, un putain de permis de procréation !!
Le terme est fort, je le sais, il est loin d’être politiquement correct. Mais, voyant tant d’enfants abîmés, tant de parents dégénérés, je ne peux m’empêcher de m’interroger. Quand je remarque tant de trous du cul célèbres ou pas, engendrer des gosses, je m’interroge sur le malaise.
On me répliquera qu’un enfant peut métamorphoser les gens, mais je m’excuse, le rejeton n’est pas une épreuve pour déterminer si ses géniteurs se transformeront ou non. Si tel n’est pas le cas, l’enfant en pâtira. Ce n’est pas un brouillon, un essai, c’est un être. Aux parents revient la responsabilité d’être avisés avant de s’engager dans la procréation.
Les hystériques, les déments, les sots, les abrutis, tous devraient être formés avant de se reproduire. Des épreuves sont nécessaires ! Un véhicule est bien moins précieux qu’un enfant, et pourtant on passe un permis pour le mener. D’aucuns diront que c’est symbolique, que le môme est inestimable et qu’on ne saurait le comparer à une voiture. Mais c’est justement parce que l’enfant est sans prix qu’il faut être responsable de son existence.
Combien de cas sociaux ne méritent pas d’enfanter ?
Combien de marmots sont troublés par des géniteurs dégénérés ? Je pense sincèrement qu’un permis pour procréer est nécessaire.
On me rétorquera : « Comment mettre en œuvre un test ? Comment être sûr qu’il ne sera pas arbitraire ? »
Tout est affaire de lucidité sur soi-même et d’une certaine forme d’acuité. L’épreuve que je préconise ne se concentrera pas sur la philosophie ou la religion de l’individu, mais sur sa sagacité, son discernement. Sur des critères universels de bon sens. En somme… Quelqu’un de normal, bordel ! Rien de sorcier à comprendre. Qu’est-ce que la normalité ? À mes yeux, je ne sais pas moi… baaah, c’est simple, par exemple ; tu arpentes les rues, tu ne fais chier personne. La normalité, c’est ne pas hurler comme un dément, frapper quiconque sans raison, se gratter les couilles et le cul simultanément en murmurant des mots en latin, sucer 1000 phallus par jour et prétendre que c’est ordinaire.
Un individu normal, qui saisit la raison de son existence, le sens de sa vie et s’efforce d’être responsable en toutes circonstances. Pas un putain de cas social ! Bourgeois ou prolo. Une personne classique quoi !
On me répliquera : « L’argument le plus crucial et le plus substantiel, et la liberté dans tout cela ? »
Je suis de nature assez libérale philosophiquement, mais conditionnée…
À l’image de John Locke, je défends l’idée que les individus possèdent des droits naturels tels que la vie, la liberté et la propriété, mais que ces sacrés droits doivent être protégés par un gouvernement garantissant l’ordre social¹ . Or ici, il y a un problème d’ordre social, et de ce fait, il y a nécessité d’une codification.

À la manière d’Al-Fârâbî, je soutiens que la liberté individuelle doit être limitée par les lois et les régulations établies par une structure rationnelle² .

À l’instar de John Stuart Mill, je défends le principe de la liberté d’action, tout en soulignant que ces libertés devraient être limitées par le « principe de nuisance » afin d’éviter de porter préjudice à autrui³ . Or quelle plus grande nuisance que de causer du tort à des enfants, les abîmer, les endommager à vie ?

Tel Isaiah Berlin, je me tiens, moi, dans l’équilibre chancelant des libertés duelles, celles qui se font positives et négatives à la fois⁴ .

À l’image de Muhammad Iqbal, je m’en vais clamer qu’à la liberté, il faut des rives, des berges qui la guident, un cadre⁵ .

Et dans les pas de Mencius, je le martèle, que l’homme doit à la société sa fière responsabilité, que la liberté demande des murs pour l’élever, lui donner des limites pour mieux s’épanouir⁶ .

En ces lieux, dans les méandres du code civil français, précisément à l’article 227- 17, résonne une injonction digne d’attention :
« Le fait, par le père ou la mère, de se soustraire, sans motif légitime, à ses obligations légales au point de compromettre la santé, la sécurité, la moralité ou l’éducation de son enfant mineur est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende. »
Cet article, dont je consens les fondements, érige en grandeur l’impérieuse responsabilité parentale, mais demeure à mon humble avis un chantier réflexif exigeant une plus grande amplitude d’action…
Dès lors que tu t’aventures à donner l’existence à un enfant, surtout dans nos réalités usuelles, il faut réguler tout ce tumulte.
J’en conviens, point n’est de liberté absolue. Cette liberté, elle s’arrête non seulement là où l’autre la saisit, mais encore là où le devoir s’érige, telle une frontière invisible.
Je prends pour principe, moi, qu’aussi bien qu’un homme ne saurait se balader nu, exhibant son zgeg et arrosant les vieilles dames au nom de la liberté, un mec ne devrait pas mettre en péril la vie d’autrui en fonçant à toute allure dans un quartier paisible, sous prétexte de jouir pleinement de sa liberté de mouvement.
Pas plus qu’un voisin ne devrait s’obstiner à bâtir une extension de sa demeure sans égard aux règles du coin et aux besoins des riverains, se réclamant de sa liberté de propriété.
Non, un type ne devrait pas négliger ni maltraiter son fidèle compagnon à quatre pattes sous le couvert de sa liberté de choix, et qu’un citoyen ne saurait s’esquiver de ses devoirs fiscaux en invoquant sa liberté financière.
La procréation, selon moi, ne peut être laissée à la merci des caprices humains.
Au nom de cette liberté tant convoitée, je plaide pour un permis de procréation.
Ce dernier, loin d’être un instrument pervers, devra s’assurer que les potentiels parents sont à même de prendre leurs responsabilités.
L’éducation est primordiale, et ces parents devront être prêts à s’investir corps et âme auprès de leur progéniture, à les accompagner sereinement. Ce permis de procréation ne doit pas être un simple outil de contrôle, mais plutôt une invitation à la réflexion avant d’engendrer une nouvelle vie. En prenant cette voie, peut-être pourrions- nous éviter que tant d’enfants ne souffrent des négligences et des abus de leurs géniteurs.
Ainsi, avec ce permis, ces bambins pourraient grandir dans un environnement où les adultes auraient fait l’effort de s’éduquer eux-mêmes avant d’éduquer à leur tour.
On pourrait m’objecter :
« Mais n’est-ce point là une quête éperdue d’éviter les aléas de l’existence, d’éviter le sens même du risque qui en découle ? La vie n’est pas rose. Et un enfant qui souffre n’est-il pas aussi une facette de la vie ? »
Je répondrais que mon dessein n’est pas de briser la spontanéité de la vie ni de nier ses imprévus, ses vicissitudes. Cependant, notre but en tant qu’être humain, je crois, est de perfectionner notre condition, d’améliorer notre existence. Et si nous pouvons, tout au moins, veiller à ce que le môme ne soit pas abîmé dans ses premières années, c’est un plus considérable. Il ne s’agit pas de le préserver indéfiniment de la dureté du monde, car il sera confronté à elle tout au long de sa vie, notamment à l’adolescence et durant sa vie active. Mais il est de notre devoir de nous assurer que ces premières années soient bien dirigées. J’estime que c’est le minimum syndical.
Quel est le but de nos vies terrestres si nous répétons éternellement les mêmes erreurs sans nous interroger ? Et aussi, nous devons également penser à l’impact sur la société, car les enfants qui grandissent dans des environnements délétères deviennent parfois, une fois adulte, les incarnations mêmes de cette dégénérescence.
En ultime argument, on pourrait bien m’opposer :
« Si cette idée était pertinente, pourquoi donc n’est-elle pas plus répandue ? »
Je commencerais alors par rétorquer que si la majorité, le commun, était en tout temps et naturellement le garant de l’intelligence et de la pertinence, cela se saurait. En tant qu’épistocrate, j’ai vite compris l’importance des postulats de fond face à l’opinion générale. Il serait aussi naïf de croire que toutes les structures verticales feront spontanément fi des variables de profit, au nom de questions ontologiques ou anthropologiques profondes.
Mais en même temps, comprenez-moi bien, cela ne signifie nullement que la masse se trompe toujours, ou que les structures verticales ne sont qu’égarement. Toutefois, la Veritas ne saurait être déduite de leur seule essence, mais plutôt de leur conception, de leur plasticité et de leur orientation. D’autre part, il est erroné d’affirmer que je suis seul à porter cette réflexion.
Certes, au début de mes cogitations, j’éprouvais une certaine solitude, persuadé que je ne partageais mes pensées qu’avec moi-même. J’en venais même à m’auto-examiner, m’introspecter, scrutant mon être en quête d’une faille. Le concept de permis de procréation, je n’en avais jamais entendu parler, si ce n’est en mon for intérieur. Puis, ma curiosité littéraire m’entraîna plus avant sur ce sentier et je tombai sur des articles abordant cette question⁷ .
Ils ne faisaient peut-être point mention d’un permis de perpétuation en tant que tel, mais s’en approchaient, évoquaient les interrogations qui gravitaient autour de cette thématique. Je me sentis alors moins seul, moins mal compris, même si nous demeurions toujours à la marge.
De toute façon, peut-on s’abstenir de penser par soi-même, sous prétexte que l’idée qui en découle n’est pas largement partagée ? Si tel était le cas, alors la pensée, l’innovation, la créativité seraient vouées à sombrer dans l’abîme de la banalité et de l’insignifiance. Car en définitive, le bon sens ne saurait se réduire à une simple opinion majoritaire, à un consensus mou. Il se révèle plutôt dans la pluralité des idées, des pensées, des explorations intellectuelles.
Qui sait si l’idée d’un permis de procréation, qui peut sembler iconoclaste, ne deviendra pas un jour une évidence pour tous ? Je sais que cela peut paraître austère, abstrait, mathématique, froid, mais c’est tout le contraire en vérité. Rien n’est plus charnel, plus vivant, que le respect de la descendance. Or le respect, tel tout concept, ne possède-t-il pas ses rites, ses règles, ses codes, qui se façonnent en fonction du décorum et de la réalité tangible?
….
1. « Le Traité du gouvernement civil » – John Locke.
2. « La Cité vertueuse » – Al-Fârâbî.
3. « De la liberté » – John Stuart Mill.
4. « Deux conceptions de la liberté » – Isaiah Berlin. Selon sa théorie de la liberté, il existe deux types : négative, l’absence de contraintes externes, et positives, la capacité à réaliser ses ambitions grâce aux ressources et opportunités disponibles. Appliquée à un permis de procréation, cette théorie indique que l’initiative restreint la liberté négative en limitant la procréation sans entraves, tout en renforçant potentiellement la liberté positive en garantissant des conditions de vie favorables pour les enfants. L’essentiel est de trouver un équilibre, évaluant si les avantages pour la liberté positive surpassent les restrictions sur la liberté négative.
5. « La Reconstruction de la pensée religieuse en islam » – Muhammad Iqbal.
6. « Mengzi ». Selon Mencius, disciple de Confucius, la liberté est un concept lié à la moralité, aux responsabilités individuelles et à l’harmonie sociale. Il soutient que la liberté d’action devrait être guidée par l’éthique et les obligations sociales.
7. « Licensing Parents » – Hugh LaFollette, par exemple.
Extrait de :

Ézékiel Jaad, le 27 Août 2023.
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